CRITIQUE / ZONE 4, ERIC BOHEME
Que d’exotisme et d’érotisme !
Le roman – Zone 4 – publié par Frat/ Mat Éditions, et écrit par un auteur français, Eric Bohème, décrit sur près de 420 pages les aventures d’un Blanc à Abidjan. Une plongée dans l’univers des night-clubs, des sexes, alcools et filles de joie. Texte sensuel et bouillonnant.
Avec exotisme et érotisme et au travers des plastiques de femmes, Jean- Christophe Durin, le narrateur nous emmène à la rencontre d’une Côte d’Ivoire défigurée, en quête d’une paix intérieure. Un pays qui réapprend à aimer et à s’aimer.
UNE COUVERTURE ÉROTIQUE
Couverture. La plastique d’une femme dénudée mise en relief : une strip-teaseuse. Façade d’un night club, avec une lumière tamisée. Le titre : Zone 4 nous renvoie à un lieu référentiel, le marché du sexe. Tout ceci nous suggère, avant la lecture de ce roman que nous serons dans un univers de tensions croissantes, d’aventures sexuelles et amoureuses.
RECIT A LA LIMITE DE LA PORNOGRAPHIQUE
« Tu m’as dit : ‘’Maintenant je vais te baiser’’. Tu m’es tombé dessus, et dans la seconde qui suivait……tu dormais. Au point que j’ai eu du mal à me dégager ». P 33. Le sexe comme on le constate, occupe une place de choix dans cette œuvre qui disqualifie la plupart des jeunes filles ivoiriennes, travaillant et fréquentant les boites de nuit. « Grâce aux spots et aux lumières du bar, un examen attentif me permit de remarquer un triangle sombre qui prouvait qu’elle n’avait pas jugé bon de mettre slip, culotte ou même string. Elle ne portait pas de soutien-gorge sous son haut, le tout était excitant. Très excitant. » p 94-95
En effet, cette Zone 4 , quartier résidentiel dans la commune de Marcory est peuplée non seulement de nombreux expatriés Européens vicieux en quête des sensations fortes, mais aussi de nombreux bars et boites de nuit avec sa cohorte de jolies soirs, strip-teaseuses où l’alcool et la drogue font bon ménage.
A l’analyse, il y a une sorte d’exotisme dans cette œuvre. Pour donner l’illusion du réel aux lecteurs, l’auteur s’est appuyé sur une longue citation d’André Gide « D’autres en auraient pu faire un livre, mais l’histoire que je raconte ici, j’ai mis toute ma force à la vivre et ma vertu s’y est usée (…) » p 7. D’ailleurs, le post-scriptum de Mathilde Durain joue ce même rôle. Quel dédouanage !
Pour enfoncer le clou, quand il évoque par exemple un fait qui aurait lieu en Zone 4, il le compare à un autre fait qui a lieu en France. « En France, dire de quelqu’un qu’il est ‘’gentil’’ signifie que c’est un brave ‘’con’’. Parce qu’on a galvaudé cette qualité. A Abidjan, la gentillesse existe encore….. » . P 50. Et de renchérir à la page 27 en ces termes : « Dépassé par l’évènement … je cherche Claude du regard et lui prendre la main comme je prenais celle de mon père ».
Bohème, le narrateur ?
Zone 4 est un grand journal. Journal d’un noceur qui vit au jour le jour en dehors des conventions sociales. Alors question : Jean-Christophe Durin qui vit une vie de bohème est-il Eric bohème ? L’auteur s’est-il donné ce nom bohème pour nous faire un clin d’œil ? Toujours est-il que le nom de l’auteur reflète les actions posées par le narrateur.
Au second niveau de lecture, nous pouvons dire que ce texte est une autofiction. Dans son fonctionnement interne, cette œuvre oscille entre l’autobiographie et la fiction.
Outre la vie de bohème que mène le narrateur, ce livre raconte une Côte d'Ivoire qui a soif de vivre malgré les difficultés existentielles et sociétales. Une Côte d’Ivoire en proie aux tentatives de coup d’Etat qui se sont muées en une rébellion armée. « A cause des évènements qui se sont déroulés en cote d’Ivoire, j’ai passé six mois en France …le couvre feu a été levé » P 307-308. Par de petites touches, le narrateur montre le visage hideux d’un pays où des non nationaux font la loi : « Seuls les Libanais, et les Blancs qui les accompagnent ont droit de cité dans ce bar. Je suis outré ». P110.
Pas de la grande prose
L’histoire du livre est déroulée ici par la voix d’un narrateur intra-diégétique. C’est la voix de Jean-Christophe, qui se confond à celle de l’auteur. La sincérité de l’auteur dans la peinture des scènes de vie, son courage et son sens prophétique et de l’humour plongent le lecteur dans un onirisme. La fin tragique rompt avec désinvolture des 360 premières pages. La structure de l’œuvre, qui reste plus ou moins tributaire de la chronologie ne montre pas une maîtrise parfaite de la composition romanesque. Même si le récit est attrayant, sensuel et bouillonnant. En revanche, le style est alerte et certaines séquences sont drôles quand d’autres sont pathétiques.
AUGUSTE GNALEHI