A propos de ce blog

Nom du blog :
augustegnalehi
Description du blog :
Critique: -livres -muisique Sortie de livre Entretiens Vie des auteurs Critique d'art,
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
02.01.2008
Dernière mise à jour :
31.12.2013

RSS

Navigation

Accueil
Gérer mon blog
Créer un blog
Livre d'or augustegnalehi
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !

Articles les plus lus

· THEATRE./ ON SE CHAMAILLE POUR UN SIEGE
· Et pourtant, elle pleurait de BITON ISAIE
· SOUS LA PLUME./ FICHE DE LECTURE
· SOUS LA PLUME./ FICHE DE LECTURE
· SOUS LA PLUME./ POESIE IVOIRIENNE

· ROMAN POLICIER./CRIME CRAPULEUX A N'GLOWAMA
· Crise ivoirienne à travers des livres du terroir: Littérature engagée ou exutoire ?
· SOUS LA PLUME./ QUAND LA DOULEUR SE FAIT MOTS
· SOUS LA PLUME./NOTES BREVES
· CLAIRE PORQUET. / LA MAGIE DU LIVRE
· PREMIER NOIR./ PRIX NOBEL DE LA PAIX
· POESIE./ INTERVIEW
· SOUS LA PLUME ./ CONCOURS LITTERAIRE
· SOUS LA PLUME./PAROLES D'HONNEUR DE SIMONE GBAGBO
· SOUS LA PLUME :GARBA 50

Voir plus 

Statistiques 122 articles


Thèmes

belle cadre douceur éléments enfant femme fille histoire jeux lecture livres moi

Derniers commentaires

je m etonne quil ne soit fait nullement cas de toh bi emmanuel, emergent ces derniers temps, pourtant, et dont
Par TOH BI Emmanuel, le 09.07.2012

j'ai beaucoup aimée ce romain félicitation papa coulibaly http://miskina .centerblog.ne t
Par soumahoro , le 05.07.2012

moi après lecture j'ai trouvé que cet oeuvre était riche de differents conseils tant sur le plan religieux que
Par doumbia ibrahim ka, le 21.06.2012

"quand l'amour transcende douleur et angoisse" est-ce une phrase extraite du livre ?http://leclow ntriste.cent
Par Chloe, le 05.06.2012

salut, je voudrais vous remercier car vous faites beaucoup pour la littérature africaine et ivoirienne en part
Par bamba tirangué, le 05.06.2012

Voir plus

RSS
Recherche

INTERVIEW./ CERIDWEN DOVEY

Publié le 04/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
INTERVIEW./ CERIDWEN DOVEY
''La distribution des rôles au sein d'une société n'est
pas aussi manichéenne qu'on le croit. ''

SOURCE evene.fr
septembre 2008



Publié aux éditions Héloïse d'Ormesson, 'Les Liens du sang', premier roman de la Sud-Africaine Ceridwen Dovey, dévoile l'antre d'un président déchu et de son entourage servile, avide de caresser au plus près la grandeur de la toute-puissance. Une immersion totale au sommet du pouvoir.


Elle voulait réaliser un film, elle a écrit un roman. A 28 ans, Ceridwen Dovey a plus d'une corde à son arc. Littérature, cinéma documentaire, anthropologie, la jeune écrivain aime observer, analyser le genre humain, surtout lorsqu'il est aveuglé par les feux du pouvoir. Mais loin de se corrompre dans cette machine infernale, Ceridwen Dovey n'est pas dupe : "Je suis coupable parce que j'ai profité du système", avoue-t-elle. Coupable, mais pas responsable. Etre blanche en Afrique du Sud, c'est aussi participer à une certaine complicité. Malgré soi.


'Les Liens du sang' est votre premier roman. Qu'est-ce qui vous a amenée à l'écriture ?

J'ai d'abord étudié l'anthropologie en Australie puis aux Etats-Unis, et je suis rentrée en Afrique du Sud avec l'idée de réaliser des films ethnographiques. Mais je me suis très vite rendu compte que je manquais de ressources financières pour concrétiser ce projet. Par ailleurs, j'ai eu très peur de me rendre dans les townships (1) car les taux de criminalité sont très élevés. De cette déception est née une grande frustration que j'ai voulu combler en cherchant une autre voie créative. Je me suis inscrite dans un cours d'écriture à l'université et c'est là, un peu par hasard, que j'ai commencé à écrire. J'ai eu aussi la chance de grandir dans une famille qui s'intéressait à la littérature. Ma mère était critique littéraire. Elle a publié le premier livre de critiques sur les romans de J.M. Coetzee, l'écrivain sud-africain.

Vous souhaitiez réaliser un film sur un ancien dictateur. En ce qui concerne votre ro man,vous êtes-vous inspirée de faits réels avant de brosser le portrait de vos personnages

Je voulais effectivement filmer un portrait du président Thabo Mbeki. Ce projet a refait surface lorsque j'ai commencé à écrire. Mais, même si le système politique sud-africain ou l'apartheid m'ont inspirée, je n'ai pas choisi de construire mon roman à partir de faits réels. C'est avant tout une fable.


S'agit-il d'une fable à vocation politique ? Y a-t-il en effet un engagement volontaire de votre part ?

Contrairement aux romans de J.M. Coetzee, comme 'En attendant les barbares', qui sont fondamentalement des critiques de l'apartheid, 'Les Liens du sang' n'est pas une allégorie politique. Chez J.M. Coetzee, même si l'Afrique du Sud n'est pas nommée, la référence est transparente. Or, ce n'est pas le cas dans mon roman. Il paraît évident que le fait d'avoir grandi dans un contexte particulier, ici, en Afrique du Sud, dans les années 1980, à une période très compliquée, a dû inconsciemment influencé mon écriture. Mais on ne connaît pas toujours les raisons de nos actes. En général, le sens vient après.


Il y a une structure symétrique dans l'alternance des récits, comme dans certains romans d'André Brink. A-t-il été une source d'inspiration ? Par extension, avez-vous été influencée par des auteurs en particulier ?

Je me suis surtout intéressée aux premiers romans de Brink, ceux qui se déroulent pendant l'apartheid. Mais, en ce qui concerne le sujet du président déchu, mes influences se sont tournées vers d'autres auteurs : Gabriel Garcia Marquez avec 'L'Automne du patriarche', Ngugi wa Thiong'o, écrivain du Kenya et auteur de 'Wizard of the Crow'. La démarche de Ryszard Kapuscinski m'a aussi beaucoup inspirée. Parti en Ethiopie dans les années 1970 pour interviewer l'entourage du dictateur Haïlé Sélassié, il a trouvé intéressant de donner la parole aux serviteurs d'un dictateur, plus qu'au dictateur lui-même. Comme lui, j'ai voulu raconter l'histoire d'hommes et de femmes de l'ombre qui ont travaillé au service d'un dictateur, sans pour autant être engagés politiquement.

Occupant une place privilégiée au plus près du pouvoir, le personnel du dictateur n'est-il pas complice du système ?

Soljenitsyne dit que la frontière entre le bien et le mal traverse le coeur de chaque homme. De même, Susan Nyman, écrivain américaine, parle beaucoup du pouvoir gris, ni noir, ni blanc, mais au milieu. La distribution des rôles au sein d'une société n'est pas aussi manichéenne qu'on le croit. Dans un système politique comme l'apartheid, la question ambiguë de la complicité reste omniprésente et les penseurs qui travaillent sur cette problématique savent qu'il y a une différence entre les responsables et les bénéficiaires. Même si mes parents ont lutté contre l'apartheid dans les années 1980 et que j'étais trop jeune pour prendre conscience de ce qui était en jeu, je me sens coupable d'avoir profité du système, cette sorte de socialisme pour les Blancs. Sans être responsables, ni victimes non plus, nous avons tous été complices du système.


'Les Liens du sang' a été traduit en plusieurs langues. Vous qui êtes francophone, avez-vous participé à la traduction de votre livre ?

Malheureusement je ne parle pas suffisamment français mais je suis très contente du résultat. Jean Guiloineau, le traducteur, a travaillé avec plusieurs écrivains sud-africains, notamment Brink, Gordimer, et plus récemment le biographe de Nelson Mandela. Ayant passé du temps en Afrique du Sud, il connaît parfaitement le style de l'écriture de ce pays. En ce qui concerne les lecteurs français, j'ai été frappée de constater qu'ils avaient trouvé certains passages du livre drôles. Les anglophones ne partagent pas du tout cet avis. Cela doit être lié à la culture française, à l'humour français...

(1) Quartiers pauvres des grandes villes d'Afrique du Sud.




Propos recueillis par Maud Denarié pour Evene.fr
Photos (c) Thomas Flamerion - Septembre 2008


NB: LE TITRE EST DE LA REDACTION


SOUS LA PLUME./ L'OPPOSANT HISTORIQUE

Publié le 03/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
SOUS LA PLUME./ L'OPPOSANT HISTORIQUE
LA SONATE MACHIAVELIQUE D'ANDRE SILVER KONAN


Le Front samedi 7 juillet 2007


Annoncée tambour battant, l’œuvre d’André Silver Konan, après lecture nous a laissé sur notre faim. Ce recueil de trois nouvelles, publié par Le Nouveau Réveil, organe proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), n’est qu’une sonate machiavélique où s’orchestrent toutes sortes de contradictions et d’ambiguïtés...

L’opposant historique. Tel est le titre du recueil de nouvelles d’André Silver Konan, journaliste à Le Nouveau Réveil. Cette œuvre hautement politique est écrite sous l’angle machiavélique.

Le combat d’un exorciste

Pour mieux exorciser la Côte d’Ivoire et ceux qui la dirigent, Silver Konan présente au lecteur trois tableaux :

1- L’opposant historique.

C’est l’histoire d’un opposant devenu par la force des choses président de la République. Son épouse officielle Gnindéban est a-sociale et imbue de sa personne. Pour ce couple, tout ce qui leur importe ce sont les jouissances charnelles et matérielles. Le narrateur nous plonge donc dans un univers où la morale sociale, les bonnes mœurs, la justice sont transgressées. Impies, veules et sans scrupules, la quête de ces différents actants se situe autour du triptyque : pouvoir-argent-sexe. Nul doute, selon l’auteur, c’est cette déconfiture de la société ivoirienne qui va entraîner la crise du 19 septembre 2002. D’où le second tableau : le soldat Declerc.

2- Le soldat Declerc

C’est un texte vaudevillesque, une sorte de récit à l’eau de rose. Un jeune soldat de 19 ans de la Licorne tombe éperdument amoureux d’une pucelle ivoirienne, étudiante de son état. Et comme les histoires d’amour se terminent toujours mal, le soldat meurt en zones rebelles dans les bras de sa dulcinée. Cette nouvelle met en relief la crise du 19 septembre 2002. Cette folie meurtrière qui s’est emparée des Ivoiriens. Toutefois, à travers ce tableau, contrairement au premier, l’auteur nous rappelle qu’en chaque homme, en dépit de tout, il existe un sentiment d’amour pur. Au-delà de cet amour, il montre les atrocités de la guerre… Dans le troisième tableau, Silver Konan fait la satire d’une corporation : l’appareil judiciaire.

3- Le sosie

Une police corrompue, un appareil judiciaire obsolète. Des policiers et juges aux esprits obtus. Tout ce cocktail va entraîner l’arrestation et la mort d’un innocent : Tiakpa. Le sosie c’est aussi la prostitution, l’amour vénal. Au total, ces différents tableaux explorent l’étroite frontière qui relie le public et le privé, les émotions intimes et les turbulences d’une société malade de son passé. Autant de pistes sur lesquelles s’aventure ce recueil de nouvelles. Une sonate subtile et machiavélique où s’orchestrent toutes les contradictions, toutes les ambiguïtés de sa patrie. Car, ce texte se présente avec l’intention de peindre la vérité.

De l’intention de peindre la vérité.

Déjà le titre ‘’l’opposant historique’’ nous situe et interpelle (p 14). Outre le titre, la référence à des patronymes tels que Dago, Béhi, Souroukou… des espaces, des faits, des pratiques : Grand-Bassam, Abidjan, Abobo, Biétry, Bouaké, Man, miliciens, Licorne, cessez-le-feu, Onuci, rébellion, patriotes, intérêts français, aéroport Félix Houphouet-Boigny d’Abidjan-Port Bouet, finit de donner l’illusion au lecteur du réalisme de l’œuvre. Car cet ouvrage a pour points d’ancrage, une époque précise, des lieux déterminés, des personnages référentiels. Si dans Le soldat Declerc et le Sosie, l’imaginaire de l’auteur a bien fonctionné a contrario dans le texte éponyme, les faits n’ont pas été retravaillés suffisamment. Il est à noter que le rôle de l’artiste, c’est de saisir l’ensemble du réel et de nous le donner à vivre dans une perspective nouvelle, c’est-à-dire artistiquement. Dommage !

Les non-dits de l’œuvre

Cette œuvre, nous le disons tantôt, est hautement politique. Mais qui dit politique, dit aussi idéologie. L’idéologie de ce texte c’est de déconstruire l’idéal des refondateurs avec son ‘’spectre’’ du nihilisme. A bien des égards, cet ouvrage présente d’une part, la perspective de donner le change et d’autre part, une sorte de réponse du berger à la bergère. Au total, malgré quelques faiblesses sur le plan de la stylisation des faits, Sylver Konan nous permet de lire autre chose que ces écrits patriotards des refondateurs.




Auguste Gnaléhi
Critique littéraire



PRIX NOBEL DE LA LITTERATURE./LES AMERICAINS INDESIRABLES?

Publié le 03/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
Pas de Nobel pour les Yankees?


"Isolés", "ignorants", "insulaires", c'est en ces termes peu élogieux que Horace Engdahl décrit les auteurs américains contemporains. Selon le secrétaire de l'Académie suédoise, qui remet chaque année le prix Nobel de littérature, l'Europe est indéniablement le "centre du monde littéraire". N’appréciant que moyennement ces attaques, la presse américaine n’a pas tardé à répondre. Le rédacteur en chef du New Yorker, David Remnick, s'est permis d'émettre un doute sur la crédibilité de l’Académie, "qui a toujours négligé Proust, Joyce ou Nabokov, pour ne citer que quelques noms". Il a, par ailleurs, proposé à Engdahl une liste de lecture: Roth, DeLillo ou encore Updike… Le nom du prix Nobel de littérature devrait être dévoilé très bientôt.

SOURCE: Lire.fr
2 octobre 2008

ROMAN POLICIER./CRIME CRAPULEUX A N'GLOWAMA

Publié le 29/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi
ROMAN POLICIER./CRIME CRAPULEUX A N'GLOWAMA
UN POLAR A VOUS GLACER LE SANG

Le Front, samedi 7 avril 2007

AUGUSTE GNALEHI
augustegnalehi@hotmail.com



Sesame Editions vient de publier Crime crapuleux à N’glowama de Jean Luc Djéa, sa toute première œuvre de fiction, après son entrée dans l’univers ivoirien de l’édition avec Le Sphinx du même auteur. Une œuvre à mi-chemin entre le polar et le roman réaliste.


Une pénombre. L’ombre d’un homme grand tenant en main une arme. Au bas de cette ombre, une main ouverte. Sûrement, le cadavre d’une des nombreuses victimes de cet homme mystérieux. Entre l’ombre et la main le titre de l’œuvre est écrit d’une manière sanguinolente. Comme on le voit, la couverture du roman interpelle le lecteur averti et le plonge dans le suspense…

Pour ceux qui, dans la grisaille de l’actualité littéraire, n’auraient pas trouvé leur compte d’angoisse, de meurtres et de folies humaines, voici Crime Crapuleux à N’glowama le nouveau roman de Jean Luc Djéa, dont on peut prédire sans risque qu’il va devenir le thriller des vacances scolaires 2007. Après quelques récits puant à l’eau de rose et un essai politique Le Sphinx, on se disait qu’il était difficile pour lui d’aller plus loin dans la construction d’une intrigue à multiples rebondissements (ce qui l’oblige parfois dans ce cas de figure à des contorsions hasardeuses) et l’exploration des faits divers.

DE L’exploration des faits divers

C’est dans cette voie que Djéa engage le lecteur. Ce roman a pour points d’ancrage une époque précise, un lieu déterminé, des personnages référentiels. Malgré tout cela, l’imagination joue son rôle.

L’histoire : Foundi, pays de paix dirigé de main de Velours par Nanan Boua Oufoué est en proie à la terreur, au pillage organisé. En effet, une bande de voleurs, de crapules sème la désolation, l’horreur et la mort à N’glowama, capitale économique de Foundi. La population désabusée, déboussolée ne sait plus à quel saint se vouer. Zerbo, le chef des crapules, est invulnérable.

Douengué, jeune commissaire en stage au Maroc est appelé d’urgence à Foundi par Nanan Boua Oufoué. Objectif : mettre des moyens colossaux à la disposition du jeune commissaire en vue d’éradiquer la racaille qui sévit sur le territoire de N’glowana. Douengué, après enquête, découvre que Zerbo et sa bande viennent de Boyorandougou et que pour les vaincre, il faudra qu’il fasse un tour dans ce pays. Il se souvient alors de Youl Kambou, un ami avec lequel il était ensemble à l’Ecole nationale de police.

Du pouvoir mystique

Ce récit nous emmène dans le Nord de Foundi en quête d’un pouvoir mystique en vue de venir à bout de cette bande qui ne cesse d’endeuiller des dizaines de familles. Mais de quelle manière approcher le monstre, le séduire, l’intriguer ? Et c’est là qu’intervient le savoir-faire du narrateur qui poursuit son numéro l’équilibriste à la frontière du vraisemblable et du fantastique pour monter un récit à vous glacer le sang.

« Le commissaire Douengué s’approchait quand il vit l’homme, le visage effectivement balafré comme sur la carte d’identité, glisser la main droite dans la poche de son pantalon. En un éclair, Douengué dégaina son arme dont la précision avait fait embrasser le sol à bien de malfrats redoutables. Nullement impressionné par l’éclat mortel du revolver comme s’il rêvait d’une mort glorieuse, Zerbo avançait. Il sortit lui aussi son arme, un calibre 12 à canon scié et fonça sur le commissaire Douengué… »

A mi-chemin entre le polar et le roman réaliste, les personnages de Djéa sont pris dans un engrenage infernal, une intrigue psychologique aux ressorts classiques. D’ailleurs, le lecteur n’a aucun espoir de reprendre son souffle avant la toute dernière page.



Auguste Gnaléhi
augustegnalehi@hotmail.com





SOUS LA PLUME./ LE SCANDALE DES DECHETS TOXIQUES

Publié le 28/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi


Pierre Amondji plaide pour un minimum d’hygiène des esprits
--------------------------------------------------------------------------------

AUGUSTE GNALEHI
critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com

Le Front, samedi 14 juillet 2007


Que c’est ridicule ! Et comme le ridicule ne tue pas, il fait rire. Cet ouvrage du gouverneur Pierre Amondji nous a fait beaucoup marrer. Parce que c’est une œuvre mariole. Tenez ! D’abord le titre : Le scandale des déchets toxiques : pour un minimum d’hygiène des esprits. Analyse.

Il est des livres qui choquent la conscience de l’homme. Il est des ouvrages qui vous tapent sur les nerfs. Telle est cette monographie de 46 pages du gouverneur du district d’Abidjan, Djédji Amondji Pierre : Le scandale des déchets toxiques : pour un minimum d’hygiène des esprits. Cet ouvrage, à l’analyse, est la part de vérité de l’un des acteurs-clés du scandale des déchets toxiques qui a secoué et secoue encore, avec son corollaire d’indemnisation des victimes, toute la Côte d’Ivoire depuis le dernier trimestre de 2006.

Un livre –démenti

Accusé d’avoir livré des permis aux camions-citernes en vue de déverser les déchets toxiques sur tout le territoire du district d’Abidjan, Djédji Amondji Pierre nie tout en bloc. Pourtant, il a même fait l’objet d’une suspension de son poste par Charles Konan Banny, Premier ministre d’alors. Puis, a suivi la démission du gouvernement Banny en vue de situer les différentes responsabilités. On connaît la suite : Anaky Kobenan, Jacques Andoh respectivement ministre des Transports et ministre de l’Environnement avaient été débarqués de leurs postes. Djédji Amondji Pierre, Gossio Marcel, Pdg du port autonome d’Abidjan et Gnamien Konan, Pdg de la douane suspendus ont été réinstallés après une parodie d’enquête. Ainsi compris, dix mois après cette catastrophe humanitaire, le gouverneur du district d’Abidjan veut se dédouaner. C’est pourquoi, écrit-il « Aux contrevérités que l’on diffuse sans sourciller, le temps est venu d’opposer un coup d’arrêt ferme, par une action déterminée d’hygiène des esprits ». p8. Comme on le voit, cet ouvrage est non seulement un livre- démenti, mais un livre qui a pour mission ‘’d’éclairer la lanterne des habitants du district’’. Une lanterne sans mèche ni flamme. Car, soutient le gouverneur, ‘’observer le silence c’est conforter les inexactitudes qui servent de fondement à toutes les allégations ; c’est donner à croire que ce qui est faux, est vrai’’.p8. Et Pierre Amondji, nul doute dépassé par les évènements, de s’interroger : « Y a-t-il quoi que ce soit de fondé dans tout le venin qui a été craché contre le district d’Abidjan et contre son gouverneur dans cette affaire ? »p7.

De la démarche argumentative.

Au regard de ce qui précède, on comprend aisément la démarche argumentative et l’intention de Pierre Amondji : battre en brèche toutes sortes d’accusation dont il a fait l’objet dans le scandale, sans précédent dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, avec des arguties. C’est pourquoi sa démarche s’articule autour de quatre chapitres :
- les attributions du district d’Abidjan dans la gestion de la salubrité ;
- le comportement du district d’Abidjan dans la crise des déchets toxiques ;
- deux clarifications nécessaires ;
- commentaires sur le rapport de la commission nationale d’enquête. En effet, dès le premier chapitre, l’auteur essaie tant bien que mal de définir et d’expliquer les attributions du district d’Abidjan dans la gestion de la salubrité, le procédé de gestion de la décharge d’Akouédo. Dans sa tentative de se dédouaner, le gouverneur a reconstitué entre autres les grandes étapes du scandale des déchets toxiques, les actions entreprises par ses services. Il a aussi fustigé le rapport de la commission nationale d’enquête. « En fait, la surprise que l’on peut éprouver devant l’inadéquation entre les prémisses et les conclusions du rapport ne vaut que pour qui ignore tout de la composition de la commission… Un certain nombre de personnalités y figuraient, qui pouvaient se trouver dans une situation de juge et partie… » P 34. Et de renchérir « … La commission, sans craindre de jeter arbitrairement le premier responsable du district à la vindicte publique, va jusqu’à affirmer que le gouverneur a contribué au déversement en pleine agglomération urbaine, des déchets toxiques sous le vocable de sloops ou eaux usées avec les conséquences désastreuses que nous connaissons ». P 36-37. Soit. Ce que le gouverneur a oublié, et c’est dommage, c’est la coïncidence fortuite entre la date de l’opération de démoustication qu’il a lancée pour prévenir des mauvaises odeurs que dégageraient ses déchets et le début du déversement des produits toxiques ! En somme, préparer les esprits à recevoir dans l’ignorance totale la présence de ces déchets de la mort. Est-ce cela la bonne conscience d’un homme public ?

Un livre -prétexte .

Pierre Amondji se sert de cette monographie pour régler ses comptes. Ce livre sert de prétexte à l’auteur en vue de désintoxiquer l’esprit de tous ceux qui l’ont accusé à tort ou à raison. Mais que c’est ridicule ! Et comme le ridicule ne tue pas, il fait rire de la déraison que brandit son auteur qui se sent propre ou innocent. Cet ouvrage avec ses contradictions et ambiguïtés nous a fait beaucoup marrer. Comme on rirait des gambades d’un fou. Tenez quelques morceaux choisis. « Le district ne s’occupe que de la collecte des ordures ménagères et des déchets industriels (carton, sciures et résidus d’hydrocarbure…) provenant des entreprises industrielles, de grandes surfaces commerciales et d’établissements hôteliers » p 13. A la page 15 comme s’il voulait rattraper cette bourde voici ce qu’il écrit « La seule intervention du district d’Abidjan dans le cycle de gestion des déchets est l’accueil au pont bascule des camions transportant ces déchets ». Une autre zone d’ombre. Pourquoi remettre de ticket de pesage lorsqu’on reconnaît que « Le district ignorait la toxicité desdits produits » ?

Rappelons que suite au déversement des déchets toxiques sortis du Probo Koala, un navire affecté par la société Trafigura sur plusieurs sites à Abidjan, il y a eu, selon nos sources, 16 morts et plus de milliers de personnes intoxiquées. Cette entreprise s’est engagée vis-à-vis de l’Etat de Côte d’Ivoire à payer 100 milliards de Fcfa pour se soustraire au péché.



Auguste Gnaléhi
critique littéraire
(augustegnalehi@hotmail.com)













DEBAT AUTOUR DE FOCAL ,LES MOTS POUR LE DIRE DE VOHO

Publié le 27/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi
Grah Mel (universitaire ivoirien) :

"Il y avait les germes de la rébellion depuis 1950"


(Le Front 20/05/2005)


Le 20 mai 2005 a eu lieu, à l’espace culturel et gastronomique à Cocody, Riviera II, dans la commune d'Abidjan , un débat autour du livre-évènement Focal, les mots pour le dire de Voho Sahi, conseiller du president Laurent Gbagbo. Au cours des échanges fort enrichissants, Fréderick Grah Mel, universitaire a fait une révélation de taille :
la rébellion que vivent les Ivoiriens devrait avoir lieu depuis 1950.

Le café littéraire, organisé par Sapia connexion et animé par la crème du monde culturel ivoirien, a servi de prétexte à Fréderick Grah Mel, universitaire, de dire un certain nombre de vérités : sa part de conscience. Pour lui, si le 19 septembre 2002 marque une rupture, ce n’est pas le fait des Ivoiriens mais plutôt du pouvoir actuel. « Le pouvoir d’aujourd’hui contrairement à Félix Houphouet-Boigny n’a pas su jouer le jeu de la démocratie ». Et de renchérir : « Ceux qui tiennent le pouvoir actuellement, ne sont pas suffisamment préparés ». L’un des modérateurs du débat, Zio Moussa, journaliste à Fraternité Matin, voulant que Grah Mel explicite sa pensée, lui a demandé d’être concis et précis. Avant d’ajouter : « Grah Mel a accès à un certain nombre de documents et lettres concernant Houphouet-Boigny, car il travaille sur l’homme. Donc, il peut nous en dire un peu plus ». C’est dans cette optique que l’universitaire Grah Mel révélera que dans l’une des lettres personnelles adressées à Aladji Sidibé, l’un des pionniers du Pdci-Rda au Nord, en 1957, Houphouet relevait déjà à cette époque, les germes de cette rébellion.

Comme on le constate, le but n’est pas d’avoir conquis le pouvoir dans des conditions normales ou calamiteuses. Mais l’exercer au profit du peuple. Dès lors, deux objectifs possibles s’offraient au Fpi et à Laurent Gbagbo : servir le peuple ou se servir. Servir le peuple, c’est se donner les moyens d’instaurer ou de renforcer la démocratie. Or, très souvent, pendant la lutte, les hommes politiques nourrissent, dans le secret, des ambitions personnelles, en s’entourant d’un quarteron d’opportunistes ambitieux. Alors, au lieu de servir le peuple, ils se servent eux-mêmes. D’où les frustrations.

Comme, on le voit, ce que les autres ont su gérer tant bien que mal, entre autres, le déni de patronyme, les tracasseries policières deviennent un casse-tête chinois pour les nouveaux tenants du pouvoir.

Et c’est à partir de là que naît une certaine conscience qui aboutit inéluctablement à la crise armée ou à la rébellion. Focal, les mots pour le dire, livre militant donc partisan, véhiculant une vision étriquée, a été passé au crible de la critique. Même si l’auteur veut que l’on circonscrive son livre dans un espace et un temps bien précis.

Une telle rencontre est à encourager car elle permet de confronter les idées et de frotter nos cervelles à celles des autres.



Auguste Gnaléhi
(augustegnalehi@mail.com)



© Copyright Le Front
20 mai 2005

SOUS LA PLUME./NOTES BREVES

Publié le 19/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi
SOUS LA PLUME./NOTES BREVES

LA LITTERATURE MAROCAINE


Auguste Gnalehi, critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com


Introduction

Etat islamique du Maghreb, le Maroc –monarchie constitutionnelle- est limité à l’Est et au Sud-est par l’Algérie, au Sud par la Mauritanie, à l’Ouest par l’océan atlantique, au Nord par la mer méditerranée. 710800 km² de superficie, le peuplement du Maroc se répartie en trois grands groupes linguistiques. Les Arabes (70%), les Berbères et les Harratines ; ces derniers sont les descendants d’anciens esclaves. Notons qu’une nouvelle constitution a été adoptée par référendum le 4 septembre 1992.

L’histoire du Maroc peut être caractérisée par deux traits apparemment contradictoires. D’un côté, nombre d’auteurs insistent sur son "insularité" géographique- doublée d’une histoire originale due à la persistance à travers plusieurs millénaires de culture et de la langue berbères- et sur la continuité d’une monarchie qui remonte au VIII è siècle. D’un autre côté, le Maroc apparaît comme le point de rencontre des mondes africain, oriental et européen.

Véritable creuset de civilisation, il a réagi avec son caractère à la formation des empires phénicien et romain. Il s’est islamisé dès le VIII è siècle, puis s’est arabisé peu à peu. Au XIX è siècle et au début du XX è siècle, le royaume connaît les visées de l’impérialisme européen, avant de recouvrer sa totale indépendance en 1956.

Ces quelques repères sociologiques montrent assez nettement que le Maroc a connu et continue de connaître une évolution interne spécifique. La littérature marocaine de langue arabe ou d’expression française est, comme toute littérature, le reflet de la société qui l’a vu naître.

De ses origines à nos jours (2008), elle a donné naissance à plusieurs écrivains, poètes et dramaturges. Bien plus, elle a donné au Maroc son premier Goncourt en 1987 avec La Nuit Sacrée de Tahar Ben Jelloun.

Art et littérature

1. Art

Les premières traces d’art sont des gravures rupestres datant du néolithique. La plupart des sites se trouvent dans le Sud, l’Anti-Atlas, le Tafilalet et le haut Atlas. Dans le Nord, les sites sont peu nombreux, mais certains sont d’une grande richesse (Volubilis).

Au XI è siècle, les Almoravides favorisent la naissance de l’art hispano-mauresque, représenté par de nombreuses mosquées (avec minarets en forme de tour carrée), des medersas (collèges religieux) et des portes percées dans les remparts des villes.

Les Almohades, les successeurs des Almoravides édifient des monuments aux formes simples et aux décors sobres : Kutubiyya (Marrakech) tour Hassan et porte des Oudaia (Rabat). Il faut souligner qu’au XVI è siècle, l’art marocain va se replier sur lui-même.

En revanche, les tombeaux Saadiens de Marrakech, œuvre de Ahmed le Doré, sont la dernière manifestation de cette grandeur artistique, même si çà et là l’on observe quelque progrès artistique …

Etudions sommairement, avant de mettre un accent bien particulier sur l’écrivain(e) Badia Hadj Nasser, la littérature marocaine dans sa globalité. Eu égard aux repères sociologiques évoqués tantôt, le Maroc baigne dans deux littératures : la littérature de langue arabe et celle de langue française.

2. La littérature de langue arabe

• Allal al-Fasi est le premier écrivain de l’époque moderne. Poète, théologien et homme politique, il est né vers 1908. En 1937 il participe à la fondation de l’Istiqlal, parti nationaliste, né d’une scission de l’Action marocaine. Dans la même année, il est déporté au Gabon par la France. Réfugié au Caire en Egypte en 1947, il anime la résistance au colonisateur. Il écrit à partir de ses expériences politico-religieuses deux oeuvres importantes :
-politique (Autocritique, 1951)
-religieuse (Défense de la chari’a, 1966)
Il meurt en 1974.

• Majid Ben Jellun, c’est lui qui publie le premier roman peu après l’indépendance (1957) : Pendant l’enfance.
D’autres romanciers vont s’illustrer.
Mohammed Zefzaf (Murailles et Trottoirs, 1974)
• Ahmed el Madini (Un temps entre l’accouchement et le rêve, 1976)
Rabi Moubarak (Le vent d’hiver, 1978)
Constat : l’école poétique apparaît plus riche et ce depuis le début du siècle dernier.

Quelques poètes après l’indépendance.

Mohamed Seghini, Mustafa Madawa, Ahmed Mejati, Allal el Hajjam, Mohammed Bennis, Mohammed al-Achaari.

Quelques auteurs d’essais littéraires

Muhammad al-Sabbagh. Selon des critiques, il s’exprime sous une forme poétique et romancée. Voici certains de ses ouvrages : L’Arbre de feu, 1955 ; La Grappe de rosée ,1961.

Quant à Muhammad Aziz al-Lahbabi, il fonde en 1964 le personnalisme musulman. C’est une doctrine philosophique. Mieux un système de pensée fondé sur la valeur spécifique, absolue ou transcendante de l’homme musulman. Il convient de souligner que Muhammad Aziz a écrit des romans des poèmes en français.

3. La littérature de langue française

Dans les années 1920-1930, les premières œuvres en français sont des pièces de théâtre (notamment de Kaddour Ben Ghab rit) et des nouvelles.
En 1954 paraissent les deux premiers romans :
• La Boite à merveilles d’Ahmed Sefrioui.
• Le Passé simple de Driss Chraïbi.
Les écrivains francophones sont nombreux. Citons quelques uns.
• Mohammed Khaïr Eddine
Il écrit des poèmes (Nausée noire, 1964) et des romans contestataires (Agadir, 1967)
• Abellatif Laabi
Fondateur de la revue Souffles, il accueille poètes marocains et algériens de 1966 à 1971. Il dénonce, à travers ses écrits, avec angoisse l’obscurantisme. En porte témoignage L’œil de la nuit, 1969.
• Driss Chraïbi
Né en 1926, cet auteur est d’abord hostile à la tradition (Le Passé simple, 1954). Il dépeint ensuite la condition des travailleurs émigrés (Les boucs, 1955) et enfin les mutations de la société maghrébine (L’âne ,1956 ; Une enquête au pays, 1981 ; L’inspecteur Ali, 1991)
• Muhammad Aziz al- Lahbabi
Cet écrivain de langue arabe, fondateur du personnalisme musulman, publie en 1952 des Chants d’Espérance.
• Tahar Ben Jelloun
Prix Goncourt en 1987 avec La nuit sacrée, Tahar Ben Jelloun est né en 1944. Ses essais et romans expriment notamment le déracinement et le malheur des émigrés. Citons quelques unes de ses œuvres.
-Moha le fou, Moha le sage, 1978
-La nuit sacrée, 1987
-L’homme rompu, 1994

Que retenir de cette étude sommaire de la littérature marocaine ?
-Le premier écrivain de langue arabe de l’époque moderne est le poète, théologien et homme politique Allal al-Fasi.
-Les premières œuvres en français, dans les années 1920-1930 sont des pièces de théâtre.

En effet, le constat est clair : quelle que soit la littérature, la littérature marocaine saisit dans son développement et dans ses préoccupations les tensions et les contradictions qui caractérisent la vie moderne.

Elle présente l’image d’un Maroc aux structures politiques, économiques, sociales et culturelles ébranlées par l’obscurantisme et le malheur des émigrés.

DE L’ECRITURE FEMININE

Au regard de ce qui précède, la production littéraire s’identifie à l’histoire, aux échecs, aux frustrations et aux aspirations du peuple marocain. C’est dans ce contexte que, selon Virginie Lauroua de l’université de Poitiers, Leila Houari et Badia Hadj Nasser vont ouvrir la voie à une littérature écrite par des femmes en cohésion profonde avec leurs revendications politiques et sociales. Voyons ensemble la vie et l’œuvre de Badia Hadj Nasser.

Badia Hadj Nasser

L’auteur de Le voile mis à nu qui est l’objet de notre étude sommaire est psychanalyste. Elle vit entre Paris (France) et Tanger (Maroc).

Comme nous pouvons le constater, Badia Hadj Nasser perdue dans un océan de réalités contradictoires va écrire un roman poétique mais audacieux et contestataire…

Clinicienne,elle a participé à des travaux de recherche, notamment sur Les mille et une nuits publiés dans Corps écrit, l’Arabie heureuse PUF,1989. Elle a publié un texte intitulé La fascination de la virginité et sa résonance dans le corps des femmes immigrées dans Espace-temps et traces de l’exil, Grenoble, La pensée Sauvage, 1991.

Elle se consacre actuellement à un nouveau roman dont le cadre est Tanger.

LE POINT D’ANCRAGE DE L’ŒUVRE

Au Maroc, Badia Hadj Nasser vit à Tanger : ville-souvenirs, ville -histoire située au nord du Royaume. Rappelons que Tanger est l’un des principaux ports du Royaume, sur le détroit de Gibraltar.

Centre de pêche industrielle et lieu touristique, la ville est dès le Moyen Age convoitée par les puissances commerciales en raison bien entendu de sa situation géographique. Au III è siècle avec l’avènement du christianisme, les Romains vont se maintenir dans la région de Tanger jusqu ‘à l’arrivée des Vandales, en 429.

A noter que cette ville fut notamment portugaise de 1471 à 1662. Zone internationale (1923), occupée par les Espagnoles de 1940 à 1945, elle fut remise au Maroc en 1956.

C’est cette ville-mémoire, ville-histoire qui est le point d’ancrage du roman : Le voile mis à nu.

LE VOILE MIS À NU


Un roman croustillant où l’auteur effarouche tantôt la pudeur où elle montre tantôt sans vergogne la vie sexuelle de ses personnages. Yasmina vogue dans la société occidentale, avec une absence de repère. Tiraillée entre deux mondes. Badia Hadj Nasser, à travers ce récit, jette un regard critique sur la politique, la religion et la culture des femmes marocaines.

L’œuvre devient ainsi le cri d’angoisse de toute une communauté. C’est un véritable réquisitoire aboutissant à un sursaut de conscience .Quelle témérité ! D’où le titre évocateur du roman : Le voile mis à nu. La revendication culturelle débouche sur l’exigence des libertés fondamentales des femmes.
L’œuvre débute par la description de la bourgeoisie marocaine de Tanger, cette ville-histoire, ville-memoire. Une jeune élève, la petite Yasmina circule entre la maison traditionnelle et l’école française qui lui enseigne un idéal de liberté. Par le fait de circonstance, un deuil, une fugue.

Perdue dans un océan de réalités contradictoires, Yasmina Cheikh personnage central du roman passe d’un monde à l’autre.

Venue à Paris, elle tente de s’adapter à une époque, celle de 1968. Personnalité formée dans une société basée sur l’interdit, Yasmina, devenue entre temps jeune femme trouve de la difficulté à vivre la liberté acquise.

AUGUSTE GNALEHI
Critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com



Quelques bonnes feuilles extraites dudit roman...

La maison de Mohamed Cheikh, le plus riche propriétaire, est à la
fois la Zaouia, le salon qui donne le ton des bonnes manières, la
maison où l’on sait trouver un prêt pour les périodes difficiles.
C’est un honneur d’embrasser la main de Mohamed Cheikh et les
jeunes filles du quartier se sentent pleines d’importance quand
elles s’assoient de la manière la plus convenable autour de la
maîtresse de maison dans la grande salle, pour écosser les petits
pois, préparer les cardons.

Un jour, la fille du directeur de l'école française vient frapper à la
porte de la maison d'en haut. Elle est dévoilée, grande, blonde et
blanche. Les femmes tout de suite en raffolent. On dit tout bas
qu'elle mange du porc et qu'elle boit du vin et c'est ce qui lui vaut
ce rosé jusqu'aux oreilles et dans le cou. Ses yeux bleus brillent.


-------------------------------------------------------------------------------
Mad'mozelle sait travailler les tapis. Elle prépare les bouillies pour
les enfants. Quand les bébés naissent, elle leur met des gouttes
dans les yeux.
--------------------------------------------------------------

À la maison, les femmes s’empressent autour d’elle :
- Comment faites-vous avec les hommes qui ne sont pas
circoncis ?
Mad’mozelle rit, rougit jusqu’à la naissance de ses fins cheveux
blonds et répond qu’elle ne sait pas, qu’elle est encore une jeune
fille.
Alors les femmes, l’œil plein de malice, lui disent :
- Nous savons bien que les demoiselles françaises ne sont
pas des vraies. Nous savons très bien que vous dansez
collées contre les hommes.
Personne ne connaît le nom de Mad’mozelle. Quand les femmes
lui demandent de parler français, elle répond :
- Plus tard… Plus tard…
De son côté, elle qui comprend grossièrement l’arabe, se borne à
le parler par gestes, par onomatopées ou parfois par bribes de
phrases. Mais elle sait rire, elle est belle à regarder. Les femmes
lui pardonnent tout. Elles sont contentes d’approcher, de toucher
une Française. Longtemps après que Mad’mozelle soit partie, les
femmes se répètent ses maladresses en riant. Mad’mozelle ne sait
rien faire de ce qu’il faut savoir. Elle est brusque et gauche.
- Vous avez vu ! Zoubeïda se prend douloureusement la tête
à deux mains quand Mad’mozelle marche à l’étage au
dessus.
Les femmes s’esclaffent :
- Quand elle mange, Mad’mozelle se coupe de gros
morceaux de pain et de gros morceaux de viande. Pour
s’asseoir, elle a besoin d’une chaise. Elle ne sait pas plier
les jambes en tailleur.


------------------------------------------------------------------------
Nous nous déchaussons, nous entrons, nous nous groupons sur le
tapis pour ne pas creuser les divans. Les fenêtres restent fermées.
L’une des filles se lève et sur le rythme des claquements de mains
et de la musique, délie sa taille. La jeune fille surveille sa danse
dans les grands miroirs car ici il s’agit d’apprendre.
- Je ne sais pas danser, dit-elle.
- Alors comment feras-tu avec ton mari ?
Mais au-delà de cette fonction pratique, danser donne de la joie.
Les yeux mi-clos pour voiler l’éclat du sourire, l’épaule enjôleuse,
la jeune fille avance. Les bras vivent d’une vie propre, enferment
le corps dans leurs volutes, tracent des courbes et des déliés pour
conduire le mouvement des épaules jusqu’à la cheville qui se
cambre. Les bras s’ouvrent comme deux battants sur une chambre
de gloire, les bras s’ouvrent comme deux ailes, pour un vol lent. À
mesure que la danse s’intensifie, les cris d’encouragement fusent.
Une femme plus âgée lance une phrase osée. Le rythme se
poursuit aussi fort, les cœurs se défont, à suivre cette cadence
soutenue. La danseuse glisse un sourire bref, ses paupières sont
baissées, ses lèvres fermées se gonflent de plaisir. Puis la cadence
se fait de plus en plus lente, les hanches suivent la cheville
cambrée, s’immobilisent, se balancent, s’arrêtent. La radio se tait.
-----------------------------------------------------------------------


Philippe ferme les yeux.
Cette jeune femme devant moi me rappelle ces fleurs, là-bas.
Elle est noire, pudique, découpée comme une gazelle. J'imagine
le choc de sa nudité ambrée. Je l'éprouve sous moi. Ses orteils,
son front. Je sais qu'elle ne sera jamais nue, vraiment nue,
savamment nue, nue comme un homme veut qu'une femme soit
nue.
--------------------------------------------------------------------------
- Ah ! Cet avenir vers lequel mon corps me conduit. Cette
traîtrise de mon corps, ce corps qui malgré moi grandit !
«Quelle sera ma vie ?»
«Comme celle de ta mère.»
------------------------------------------------------------------------------
De mes mains, sortiront des merveilles, des enchantements du
palais que l’on servira dans nos plats de Chine. Je pincerai mes
bonnes, je battrai mes enfants, je dirai de mon mari : lui, sans
jamais le nommer. Il m’inspirera une juste terreur. Je me sentirai
pleine d’importance parce que j’aurai un maître. Je dirai avec
ostentation :
«Il est difficile. Si difficile.»
Je ne suis pas là. Je suis dans les livres. Je lis tout le temps,
partout. Je m’échappe dans le grenier à blé pour lire. La
poussière gratte, ça me démange partout, je continue à lire. Je
lis en m’endormant. Je guette les nuits de pleine lune pour lire.
Les livres sont mon domaine. La réalité, c’est la vie des livres.
Je ne ressens rien ; je vis dans l’émotion que me transmet le
mot écrit
---------------------------------------------------------------------
Quand tu m’as dit :
« Tu vas vivre avec moi »,
J’ai ri, mon premier vrai rire depuis longtemps.
J’ai toujours tout imaginé sauf de vivre au ban de la société.
Abandonner tout cela : la souche, les grandes familles,
l’éducation, rester soi-même dans une masure ou dans un
palais, le piédestal où ma naissance m’a placée, il n’y a que les
voyous qui donnent de l’importance au clinquant, l’important
c’est la souche, l’éducation, le caractère.
À cause du handicap de ma séquestration, il ne pensait pas que je
serais capable de me débrouiller. Nous parlons lui et moi de la vie
à Paris. Nous avons parlé de l’absence de tout repère ici, hormis la
langue. Je suis au port tant désiré, Paris. Je suis engagée dans une
entreprise très belle : trouver mon identité. J’ai toujours été la fille
de quelqu’un ou la femme de quelqu’un. C’est ce que je lui ai dit.
Farid est irrité par ma frivolité. Je l’ai appelé monsieur le
dogmatique.
II est de bon ton que j’aie toutes les vertus. Je dois être mesurée,
me taire, sourire. Je dois savoir à chaque seconde que l’honneur
des mâles de ma famille, c’est moi qui en suis la gardienne.
Terres d’Islam ! Je suis claustrophobe. Chaque fois qu’il s’agit de
mettre le voile, ma respiration se perd, je suffoque. Le bâillon a
beau être parfumé, brodé, je suffoque. Il a beau être le cadeau
d’une tendre amie, celle qui est fière d’être surveillée, préservée,
objet d’une jalousie méticuleuse, celle qui fait une moue de mépris
pour celles qui se montrent dans la rue, sans le voile.
J'ai perdu toutes les qualités et le charme de mon sexe. La féminité
se tient à l'abri des maisons et se voile pour sortir.
- Ils vont prier pour toi. Ils diront aux autres que tu as perdu
la raison. Tu ne sais plus ce qu'est le sens de la vie: Dieu,
un mari.
Je pouffe.
- Ils vont dire aux autres que quelqu'un t'a jeté un sort. Ils
seront persuadés que tu es folle.
Le décalage entre ma famille et moi, je sais qu'il est irréparable.
Myassa le sait aussi, nous ne voulons pas pousser au drame. Je
veux seulement me souvenir de mon enfance que nous avons
partagée, ma famille et moi, dans la sérénité.

PRESSE./ NIGER EN PRISON DEPUIS UN AN...

Publié le 18/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi

Moussa Kaka sera-t-il un jour libéré ?

Accusé par le régime de Niamey de soutenir les rebelles touarègues, voilà un an que le journaliste dort en prison. Le quotidien burkinabe Le Pays, qui suit l'affaire de près, revient sur l'incarcération du reporter, otage de la justice nigérienne.


Le 19 septembre prochain, cela fera exactement un an, jour pour jour, que Moussa Kaka, correspondant de RFI au Niger et patron du groupe de presse Saraouinia, est en prison, après avoir été accusé par les autorités de son pays d'être de mèche avec les rebelles - ou les "bandits de grand chemin", pour reprendre l'expression de Niamey - du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ). Ni la campagne menée au niveau international par RFI et Reporters sans frontières, ni la mobilisation des journalistes de tous horizons pour la libération de leur confrère n'ont rien donné jusque-là. Les autorités nigériennes sont restées de marbre en faisant preuve de fermeté face à celui qu'elles accusent de s'être rendu coupable de complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Les nombreuses demandes de mise en liberté provisoire faites par ses avocats, et surtout le non-lieu prononcé à deux reprises par des juges instructeurs de cette affaire n'y ont rien fait non plus.

Il restait l'espoir de voir les autorités élargir le journaliste pour marquer de la plus belle manière le premier anniversaire de sa détention. Mais cet espoir vient de s'envoler avec la mise en délibéré au 7 octobre prochain du non-lieu rendu le 23 juillet dernier. C'est à cette date que l'on saura si le non-lieu est confirmé ou si, comme on le laisse entendre de plus en plus, les faits de complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat seront requalifiés en actes tendant à nuire à la défense nationale. Tout compte fait, Moussa Kaka est l'otage de l'orgueil et de l'amour-propre des autorités de Niamey. Elles ne semblent pas avoir suffisamment de courage pour se dédire. La réalité est là, toute crue : il n'y a pas de preuves tangibles contre le journaliste. Celles présentées par le régime sont des émanations de vagues écoutes téléphoniques, ce qui constitue en soi un déni des libertés individuelles. Le dossier étant désespérément vide, Niamey est gêné aux entournures, d'où la détention prolongée du journaliste en attendant de trouver de meilleures preuves.

Au finish, on se demande si la justice n'est pas utilisée dans cette situation pour régler des comptes avec un homme qui était déjà dans le collimateur du pouvoir. Comparaison n'est pas raison, mais on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec ce qui s'est passé récemment en France. Le journal Paris Match ne s'est pas gêné pour publier un reportage photo de combattants talibans posant dans des tenues récupérées sur des soldats français tués en Afghanistan. Aucune action judiciaire n'a été engagée contre le journal, au-delà de la polémique sur l'opportunité ou non de publier les photos en question. Si cela avait eu lieu en Afrique, il est presque sûr que la publication aurait été vouée aux gémonies, accusée de tous les péchés de la terre.

L'arbitraire a encore de beaux jours dans de nombreux pays d'Afrique, pourtant prompts à se draper dans le manteau de la démocratie.


Séni Dabo
Le Pays
BURKINA FASO


Crise ivoirienne à travers des livres du terroir: Littérature engagée ou exutoire ?

Publié le 15/09/2008 à 12:00 par augustegnalehi
DE LA FOLIE DES ANGES A L'IDEOLOGIE DE LA VICTIMISATION


(Le Front 27/08/2005)

AUGUSTE GNALEHI

Cela fait trois ans que dure la crise armée, déclenchée le 19 septembre 2002. Et déjà des auteurs ivoiriens, et non des moindres, à travers des livres à vertu aussi explicatifs que thérapeutiques tracent des sillons d’une littérature tantôt engagée, tantôt exutoire. Une littérature dépassant les cris subversifs et les sarcasmes des pamphlétaires pour se constituer en un véritable langage significatif.

Vouloir parler, répertorier les livres qui traitent du conflit armé du 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire est une gageure de taille. Car, des auteurs en ont fait leur thème de prédilection et bien d’autres les suivront. Une gageure parce que sociologues, politiciens, historiens, psychologues, économistes et hommes de lettres abordent le sujet selon leur sensibilité, leurs chapelles. C’est un champ d’investigation vaste et fécond qu’on ne saurait entièrement explorer en un article de presse aussi sommaire que le nôtre. C’est pourquoi, nous nous limitons à quelques auteurs tels que Bro-Grébé Généviève, Guillaume Soro, Koulibaly Mamadou, Tanella Boni, Séry Bailly, Pascal Assoa, Ahmadou Kourouma, Venance Konan, Maurice Bandaman, Venance Bailly, Philippe Demanois et Pierre Danho Nandjui.

De la justification de la rébellion

Le constat est clair. Les grandes crises d’égarement collectif génèrent le plus souvent, une fois passée la folie meurtrière qui s’est emparée des hommes, un flot de littérature à vertu aussi explicative que thérapeutique. La Côte d’Ivoire n’a pu échapper à cette règle de la nature. D’ailleurs, ne dit-on pas que la nature a horreur du vide comme Madame la Baronne a horreur du thé ? Ainsi, à partir de 2003, soit un an après le déclenchement de la crise armée, nous assistons à l’éclosion en Eburnie et de par le monde d’une littérature qui frise tantôt un patriotisme, tantôt une cacophonie, tantôt une exutoire, tantôt une catharsis. Ses promoteurs s’efforcent tant bien que mal de livrer leur vision de ces folles années.

Tout en étalant bien entendu les crimes, les horreurs d’une guerre dont, dit-on, on pouvait faire l’économie. L’art de ceux qui ont eu le courage de s’exprimer librement répand un écho sonore et lyrique. Et ce n’est pas Tanella Boni qui nous dira le contraire. Elle qui a mis tout récemment une œuvre romanesque sur le marché : La folie des anges. Ce titre tel un programme narratif brise le silence dans un monde où « les mots n’ont plus de sens. Où la parole est reine mais les mots sont vides ». Pourtant, les mots doivent avoir un sens. Et c’est pour donner un sens au mot qu’elle s’est mise à écrire entre le 14 mai 2001 et le 8 janvier 2004. Cette œuvre nous situe dans un univers fictionnel (Zamba) où les anges, après avoir accédé au pouvoir d’Etat, ont perdu le nord. Ce roman nous fait revivre le couvre-feu, les atrocités, les exécutions sommaires, extra-judiciaires de la crise armée. « Ce roman, je l’avais intitulé Matins de couvre-feu, mais c’est après que j’ai changé ce titre », dixit Tanella Boni lors d’une émission littéraire sur Rfi. Cette œuvre est non seulement une métaphore de la crise ivoirienne mais explicite plus ou moins les raisons de la rébellion.

La frénésie meurtrière qui s’empara des hommes qui veulent gouverner autrement la Côte d’Ivoire, selon les non-dits du livre de Tanella Boni, va entraîner inéluctablement la rébellion car, pour elle, l’origine du mal ivoirien c’est l’ivoirité. Qu’il soit culturel ou politique ce concept divise au lieu de rassembler. Au regard des faits, la rébellion est la conséquence de la politique d’exclusion, de xénophobie, de tribalisme et surtout de l’ivoirité des refondateurs. C’est la quintessence de l’ouvrage de Guillaume Soro : Pourquoi je suis devenu un rebelle. En voulant donc refonder la société ivoirienne sur des bases de la supériorité ethnique, tribale ou pour se venger des torts du passé, le Fpi et le président Laurent Gbagbo vont remettre en cause tous les acquis du peuple ivoirien : l’unité, la cohésion sociale. Aussi, l’injustice et la corruption se donnent-elles la main pour détruire le peu d’héritage qui reste après le passage hypocrite du général Robert Guéi. Telle est, dit-on, d’une façon prosaïque la thèse de ceux qui justifient de fort belle manière la rébellion. Ainsi compris, Pourquoi je suis devenu un rebelle, le livre du leader charismatique des Forces nouvelles montre comment lui, le filleul du président Laurent Gbagbo, a pris les armes contre son maître à penser, son idole, pour instaurer, dit-il, la démocratie, un ordre nouveau où tout le monde sera traité d’égal à égal étant entendu que nous sommes dans une République. Et pour ne pas qu’il y ait encore une parodie d’élections en Eburnie. Que ce soit La Folie des anges,Pourquoi je suis devenu un rebelle ou Les prisonniers de la haine de Venance Konan, ces ouvrages s’insurgent contre l’injustice, la xénophobie, l’exclusion et bien d’autres dérives identitaires du pouvoir en place. Telles que les escadrons de la mort qui ont pour mission d’éliminer physiquement les opposants ou des membres de l’autre groupe ethnique, la mauvaise gouvernance. Toute la thèse de nos auteurs est fondée sur le caractère tribal et xénophobe du pouvoir des refondateurs. Notons que l’œuvre romanesque de Venance Konan explicite mieux, à travers la guerre civile du Libéria, les prémices de la rébellion en Côte d’Ivoire. Car, nous sommes tous des prisonniers de la haine. Alors il faut évacuer la haine de soi et de son semblable. En vue d’instaurer une société où il fait bon vivre. Un Etat de liberté, de respect mutuel, du tutoiement. Mieux, un Etat démocratique.

Rébellion : Origines à rechercher dans la constitution

La rébellion, selon Pierre Nandjui Danho docteur en sciences politiques, tire ses origines dans la constitution de la seconde République. « Soulignons d’entrée de jeu que les rébellions qui secouent la Côte d’Ivoire, ses fondements, donc ses origines sont à rechercher dans la constitution de la seconde République (…) où les radicaux (…) ont reçu à imposer leurs visées exclusionnistes dans les dispositions textuelles. Ainsi, le durcissement des conditions d’éligibilité à la présidence de la République sont en quelque sorte des manifestations légalisées de l’ivoirité, concept créé par M. Henri Konan Bédié (…) pour stratifier les Ivoiriens », in La prééminence constitutionnelle du président de la République en Côte d’Ivoire. Comme on le constate, du coup on a des Ivoiriens de pur sang aptes à se présenter à toutes les élections y comprise à la magistrature suprême et des Ivoiriens de circonstance, de seconde zone qui ne peuvent pas disputer comme les autres à toutes les élections. D’ailleurs, lors du forum de la réconciliation nationale, le président Laurent Gbagbo a reconnu que ‘’l’article 35 de la constitution a été rédigé contre Alassane Dramane Ouattara’’. A côté d’un texte qui divise, s’ajoutent selon Pierre Nandjui de nombreux problèmes intervenus aux élections d’octobre 2000. Notamment l’élimination, par le général Robert Guéi avec la complicité d’une chambre constitutionnelle aux ordres, d’Alassane Ouattara et Konan Bédié. Guillaume Soro, dans un message à la nation le 25 juin 2004, précisait sa pensée quant à la prise des armes contre son parrain le président Laurent Gbagbo : « Le 19 septembre 2002, nous nous sommes insurgés contre les dérives qui, depuis des années, plongeaient notre pays dans l’exclusion et la haine : l’ethnicisation systématique de la vie politique, les discriminations fondées sur la qualité du sang des citoyens consacrées dans la constitution, les atteintes répétées et impunies à l’intégrité physique et morale d’une frange importante de la population, sans même évoquer les parodies d’élections où le régime en place se choisit les adversaires qu’il veut affronter, ont fini par précipiter la Côte d’Ivoire dans la guerre ». Inévitablement.

C’est une Lapalissade de penser et dire que les écrivains par ricochet les intellectuels ivoiriens n’ont pas vu venir cette crise qui éprouve tant leur société. Tout comme les religieux et les syndicats, les chanteurs ont senti aussi les menaces qui s’amoncelaient au-dessus des têtes des Ivoiriens. L’ouvrage de Maurice Bandaman Côte d’Ivoire : Chronique d’une guerre annoncée s’inscrit dans cette logique. Ce livre est la somme des chroniques écrites avant la crise du 19 septembre 2002 dans les quotidiens le Jour et 24 Heures. L’auteur dans un style dépouillé stigmatise l’ethnicisation, les discriminations et les atteintes récurrentes et impunies à l’intégrité physique et morale d’une frange du peuple ivoirien.

De la haine à la résistance

Aux premières heures du conflit armé, un certain nombre des compatriotes se sont mobilisés d’une part pour résister aux assauts de ceux qu’on appelait à l’époque les ‘’zinzins’’ et les ‘’bahèfouè’’ et d’écrire d’autre part des pamphlets. A l’instar des soldats loyalistes pour pousser le grand cri de la résistance. C’est dans ce cas de figure que Venance Bailly a publié La démocratie en Afrique, un défi au (Néo) colonialisme. En vue de soutenir le processus démocratique en marche en Côte d’Ivoire et de rendre un vibrant hommage aux martyrs de la liberté de 2000 et de ceux de depuis le 19 septembre 2002. Quant à Philippe Demanois avec son recueil de poèmes le cortège des douleurs, il compare ceux qui ont pris les armes pour instaurer un nouvel ordre d’hommes-charognards, d’hommes-panthères « bondissant à l’instinct dont les canines scintillaient d’animal plaisir dans la nuit rouge du 19 septembre 2002 pour faire gueule basse sur mon peuple ». C’est dans cette même vision que s’inscrit le livre de Bro-Grébé Geneviève : Mon combat pour la patrie. Selon ses détracteurs, ce livre pue la haine et s’apparente à Mein Kampf (Mon combat) d’Adolf Hilter où il exposait des théories du nazisme qu’il mit en application après 1933. Mais dans le fond, ce parallèle n’est pas fortuit. Car l’auteur, selon les vipérins, a exposé dans son ouvrage des théories du tribalisme, de la xénophobie. En revanche, à bien des égards, ce livre est un témoignage, un récit tonique de l’engagement de Bro-Grébé aux côtés de tous ceux qui ont refusé de capituler face à l’agression. Mon combat pour la patrie est donc le cri de guerre d’une amazone des temps modernes qui n’a ni cheval, ni arme de destruction mais sa plume pour combattre ceux qui ont voulu instaurer un ordre nouveau.


La France au banc des accusés

Même si pour le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, la crise que vit son pays est la résultante, la conséquence de la guerre des héritiers d’Houphouet (la gueguerre entre Alassane Ouattara (Rdr) et Henri Konan Bédié (Pdci ), bon nombre d’auteurs tels que Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale accusent la France de Jacques Chirac de faire la guerre à la Côte d’Ivoire. « L’on invente depuis Paris des alibis : ivoirité, xénophobie, islamophobie, guerres tribales. L’on conçoit depuis Paris les projets de réformes. L’on tente depuis Paris de renverser le régime ivoirien par un coup d’Etat qui échoue et qui est prolongé par une rébellion, des négociations à Paris, et un accord à Linas-Marcoussis entre l’Etat français et ses cocontractants ivoiriens ». P 222 in Les servitudes du pacte colonial. Telle est la thèse des auteurs ‘’patriotes’’. Par ailleurs, les grisés du pouvoir. Selon leur réflexion, c’est la France chiraquienne qui a adoubé Guillaume Soro et ses amis parce que ses intérêts seraient menacés. Ainsi « l’Etat de Côte d’Ivoire doit intégrer les intérêts de tous les pays voisins derrière lesquels se cache la France et trouve des porte-voix » (Op.cit.P222). D’où La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, un pamphlet écrit en 2003 pour montrer combien de fois la France de Jacques Chirac serait la marraine de la rébellion ivoirienne.

De l’idéologie de la victimisation

Si Mamadou Koulibaly accuse la France d’être à la base du conflit ivoirien, quant à Séry Bailly la faute provient du fait que le Pdci-Rda pendant 40 ans a semé les germes de cette guerre à travers sa politique ‘’Diviser pour mieux régner’’. Mais surtout de l’idéologie de la victimisation. D’où Ne pas perdre le Nord, Educi, 2005 P193. Pour Séry Bailly, la cause réelle de la crise armée c’est ce qu’il appelle ‘’ l’idéologie de la victimisation’’. Car la conscience de victime, écrit-il, conduit à l’attente de la réparation. Si celle-ci n’arrive pas, on se croit fondé à engager la guerre pour redresser les torts faits à sa communauté. Hélas, c’est bien cela la politique cachée du Fpi, une politique vindicative. Séry Bailly verse-t-il dans un donquichottisme à peine voilé ? Comme on le voit, pour l’idéologue du Fpi rien ne justifie le conflit armé qui a pris forme le 19 septembre 2002. C’est pourquoi, il suggère de ne point agresser une partie de la Nation, mais de lui montrer qu’on l’écoute et qu’on entend ses souffrances et ses aspirations. Celles-ci doivent être prises en charge dans l’équité et la fraternité. C’est dans cette optique qu’il établit un parallèle entre les guerres civiles américaine et ivoirienne. Pour lui, la crise que traverse l’Eburnie est une guerre de transition aux fins d’aboutir à la démocratisation de la société ivoirienne. Mais pas en brimant l’autre. Car la violence appelle la violence. Pour celui qui a le sens de l’honneur et de la dignité. D’une façon implicite Deux guerres de transition : guerres civiles américaine et ivoirienne, Educi 2003 met en relief l’idéologie du Fpi : la Refondation. Déplacé de guerre, donc victime de la crise, Pascal Assoa va, à travers une pièce inédite Iconoclastes j’aurais ta peau, évacuer tout le ressentiment qui l’anime. Du coup, cette pièce devient une sorte de catharsis. Même si l’auteur a abondé dans le même sens que ses prédécesseurs, il a su, par la technique de la distanciation, dédramatiser la crise ivoirienne. Mais au-delà de cette technique et par le phénomène de l’intertextualité, on observe un retour du refoulé, une montée de la haine. La haine, dit-on, c’est ce qu’il y a de plus bestial en l’homme.

’Quand on refuse, on dit non’’, récentre le débat

Le livre à titre posthume d’Ahmadou Kourouma. Quand on refuse, on dit non recentre le débat. Car il dénonce non seulement les dérives tribales avant la crise mais met à nu les horreurs du conflit armé et surtout l’enrôlement des enfants. Méditation sur la tragédie ivoirienne, l’œuvre se présente comme le prolongement de Allah n’est pas obligé qui nous faisait vivre les affres de la guerre civile au Libéria et en Sierra Leone à travers les yeux aliénants et sans compassion d’un enfant soldat. Le sort des enfants est ainsi exposé à travers les mésaventures de l’enfant-soldat et les problèmes de l’éducation.

A l’échelle où se situe le conflit ivoirien, nul ne peut dire qu’il est absolument innocent. Ainsi compris, la crise armée que traverse actuellement le peuple éburnéen, à l’analyse des faits, provient des chocs des idéologies. L’idéologie du Nord avec son corollaire de victimisation et celle du Sud avec l’ivoirité et bien entendu son corollaire d’exclusion, de tribalisme. Cette interaction née de la haine et de la xénophobie mutuelles entre les deux entités va aboutir au 19 septembre 2002. Tout est donc parti de la haine qui, au fil du temps, a engendré une sorte de cacophonie puis une résistance. Ainsi, comme avertit le philosophe Alain Finkielkraut, ‘’…il faut se méfier des idéologies fussent-elles des plus généreuses…’’ in Au nom de l’Autre. Car sur le chemin du bien on finit par rencontrer un goulag ou un camp. A croire Alain Finkielkraut, c’est l’antiracisme, la « religion de l’homme », qui devient à son tour un pousse-au-crime. Cette idéologie qui ne dit pas son nom réduit la réalité à un conflit entre agresseurs et agressés, elle opère des renversements pervers (les victimes deviennent les bourreaux et les bourreaux des persécutés) et cultive une xénophobie en humanisme. Attention ! La haine des xénophobies est aussi dangereuse que celle des xénophobes.

Nous ne pouvons terminer cette étude sommaire sans citer les ouvrages du père Djiréné Fallait-il prendre les armes en Côte d’Ivoire ? De Flora Kouakou Fantôme d’Ivoire, de Voho Sahi Focal les mots pour le dire, de Pierre Franklin Tavares Sur la crise ivoirienne, considérations éparses et du père de la littérature ivoirienne Bernard Dadié Les cailloux blancs. Notons que la liste n’est pas exhaustive. Signalons qu’au-delà de la dénonciation virulente d’un monde corrosif et négateur de l’homme, cette littérature qu’elle soit engagée ou exutoire contient au regard de ce qui précède un espoir et une croyance en un avenir radieux. Et ce n’est pas Séry Bailly l’idéologue du Fpi qui nous contredira : « Il importe avant tout que nous apprenions à nous consoler mutuellement », in Ne pas perdre le Nord.

C’est nul doute la première étape de la (re) conquête de notre unité nationale. Mais laissons le soin à Adamoh Djélhi-Yahot, docteur en sciences économiques et poète de conclure : « C’est l’heure / Des compromis tutélaires et des concessions salutaires. / Et chaque jour qui s’éteint obscurcit davantage / L’horizon d’où point pourtant une lueur salvatrice », in les graines de l’indignation (poèmes).
Tâchons tous de ne pas perdre le nord. Il y va de notre survie.




Auguste Gnaléhi
critique littéraire

(augustegnalehi@mail.com)


© Copyright Le Front

SOUS LA PLUME./KOLOU LE CHASSEUR DE SERGE GRAH

Publié le 30/08/2008 à 12:00 par augustegnalehi
 SOUS LA PLUME./KOLOU LE CHASSEUR DE SERGE GRAH
LE BIENFAIT N'EST JAMAIS PERDU


Auguste Gnalehi, critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com

Une couverture multicolore. Une illustration d’Annick Assemian montrant des milliers de cavaliers habillés en or, des colonnes de griots et musiciens louant la gloire, la générosité d’un homme richissime sur un cheval escorté de guerriers brandissant leur sabre. Tout ceci donne au texte des allures d’un récit relatant des exploits d’un roi conquérant.
Quant au titre, Kolou le chasseur, il fait penser à une histoire dramatique, voire tragique. A première vue, l’on aperçoit à travers ce hiatus formel une sorte d’oxymoron. Non ! Erreur hâtive d’appréciation.
Kolou le chasseur est un conte de 32 pages écrit par Serge Grah et coédité par Aniss Editions et Les Classiques ivoiriens. C’est un récit dense qui introduit le lecteur dans un monde de croyances diurnes et nocturnes et de mystères profonds. A noter que ce livre pour enfants est en vente en Côte d'Ivoire.

LE TRAGIQUE DES CONSCIENCES

En revanche, ce récit restitue le fonctionnement des sociétés africaines en pleine métamorphose, en pleine déstructuration. Serge Grah note, d’une manière subtile, les moments de fluctuation et de transformation dans des mouvements épaississant le tragique des consciences : le déni, la médisance, la jalousie, la haine, le mensonge.
En effet, ce récit relate l’histoire d’un chasseur courageux nommé Kolou. Un jour, revenant de la chasse, heureux et lourdement chargé, soudain il entend des cris…Les voix viennent d’un trou où sont tombés Touwo l’être humain, un rat et un serpent. Kolou prit de compensions va les sauver tous sans tenir compte des sauts d’humeur de l’homme. Boté, le rat respecte sa parole donnée en rendant effectivement le chasseur l’homme le plus riche de la contrée. Touwo, jaloux trouve nuitamment le Roi pour lui raconter des balivernes. Courroucé, le Roi sans aucune forme de procès condamne Kolou à mort. Bona, le serpent ayant une dette envers le chasseur le sauve.
Mais chose étrange Bona permet, grâce à sa ruse, à Kolou d’épouser la fille du Roi. Touwo, le jaloux, le médisant meurt pour sauver la princesse de la morsure mortelle de Bona.

UN CHEMINEMENT…

Ce texte, loin d’être abscons, est un cheminement, un conte initiatique au sens noble du terme. Ce récit tente de montrer les espaces par lesquels s’insinue traîtreusement le mal dans les cœurs des hommes. Ce mal qui pousse l’homme envieux, jaloux à assassiner son semblable. La mort de Touwo est un avertissement, une mise en garde. Ne dit-on pas que le salaire du péché c’est la mort ? Certes ! Cependant le conte de Serge Grah dépasse cette symbolique religieuse pour retracer le cercle violent dans lequel vivent les hommes.

On le voit, ce texte se fait chemin qui amènerait à la reconnaissance du bienfait. Dans ce cas d’espèce, la mort vient rétablir l’équilibre entre l’homme et son milieu sociopolitique. La mort n’est pas une malédiction mais plutôt une expérience historique menant les monstres dévorateurs des consciences à changer de comportement, à humaniser leur acte, leur vision du monde.

L’IDEOLOGIE DE KOLOU LE CHASSEUR

Ce conte au second degré de lecture interpelle tout lecteur. Serge Grah vise dans ce récit un autre but : dénoncer, à travers l’attitude de Touwo et du Roi, le despotisme et l’injustice ;et aussi montrer que tout acte que l’on pose a une conséquence. L’acte gratuit n’existe pas. Du coup ce texte pour enfants devient philosophique.
Ce récit, qui n’a pas de formules codées d’ouvertures spécifiques au conte, aurait bien pu être considéré comme un texte ordinaire tellement les faits narrés ont prise sur la vie réelle. Mais l’auteur, faisant jouer ses qualités de conteur, avec bien sûr la complicité de l’illustratrice Annick Assemien, a su donner l’illusion en prenant quelque distance avec le réel.

Pour Serge Grah le bienfait n’est jamais perdu, alors tâcher de faire le bien autour de nous…

AUGUSTE GNALEHI
Critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com