Publié le 29/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
RALPH BUNCHE(1903-1971)
Universitaire et diplomate brillant, Ralph Bunche fut le 1er Noir à obtenir un prix Nobel suite à son rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien à la fin des années 40
Par PAUL YANGE
Ralph Bunche est né le 7 août 1903 à Detroit dans le Michigan. Il est le fils de Fred Bunche, barbier de profession et d’Olive Agnès Johnson. En 1914 , sa famille démenage dans l’Etat du Nouveau Mexique. Mais du fait de leur santé fragile, ses deux parents décèdent. Devenu orphelin, Bunche est transféré à Los Angeles où il est elevé par sa grand-mère maternelle et ses oncles et tantes. Elève brillant, Bunche obtient un prix en histoire et en anglais à la fin de l’école primaire. Au lycée, il termine premier de sa classe à la Jefferson High School en 1922. Il entre dans la branche sud de l’Université de Californie (la future UCLA) en étant boursier, et complète sa bourse par différents jobs qu’il occupe. Il pratique en outre divers sports, est président du conseil des étudiants, reporter pour le journal de l’université...Il est major de sa promotion en 1927 avec une dominante en relations internationales.
Il reçoit une bourse qui couvre ses frais de scolarité à Harvard où il étudie les sciences politiques. Il reçoit d’autres soutiens financiers de la part de diverses associations. Certaines organisent une collecte de fonds pour l'aider à financer sa scolarité. Il travaille lui même dans une librairie pour financer ses études. En 1928, il obtient un Master degree en sciences politiques et alterne entre des études en doctorat et l’enseignement à Howard University, une université afro-américaine.
Une bourse de la "Rosenwald Fellowship" permet à Bunche de mener des recherches sur le terrain en Afrique afin de compléter sa thèse de doctorat dont le sujet est la comparaison entre l’administration d’un territoire sous mandat (le Togo) et l’administration d’une colonie (le Dahomey).
Il obtient un doctorat en relations internationales à Harvard (le 1er noir à obtenir ce diplôme à Harvard) et est récompensé par le "toppan prize" pour sa dissertation qui est la meilleure dissertation doctorale de l’année en sciences politiques à Harvard.
De 1936 à 1938, il mène des recherches en anthropologie à Northwestern University, à la London School of Economics, et à Cape Town University en Afrique du Sud. Il publie un livre "a world view of race" et participe à une étude menée par le sociologue suédois Gunnar Myrdal sur le statut des Noirs aux Etats-Unis : "An american dilemma : the Negro problem & Modern Democracy". En 1941, Bunche est appélé à l’Office of Strategic Services en tant que "senior analyst" dans la section Afrique moyen-orient. En 42, il passe à la tête de la section Afrique. En 1944, il participe à une conférence sur une future organisation mondiale en tant que spécialistes des problèmes coloniaux et travaille également sur l’avenir des territoires coloniaux. En 1945, il est nommé à la tête de la division des "Dependant Area Affairs" dans le bureau des affaires politiques spéciales (Special Political affairs) du département d’Etat.
En 46, il participe à la première session de l’assemblée des Nations-Unies à Londres. Le secrétaire général des Nations Unies, "emprunte" Bunche au département d’Etat et le charge de s’occuper du département des "trusteeship" (département des tutelles) où il doit travailler sur le devenir des territoires du monde aspirant à l’indépendance.
Ralph Bunche décrit la situation du Congo (futur Zaïre) au moment de l'indépendance : "Premièrement, il y avait eu un incroyable manque de préparation. Sur une population de plus de 14 millions d'habitants, il n'y avait que 17 personnes qui avaient une éducation universitaire. Il n'yavait pas de docteur, pas de dentiste, pas d'avocats, aucun professionnel d'aucune sorte. (...) Il n'y avait aucun ingénieur. Il y avait une absence complète d'expérience politique et administrative côté congolais. On ne leur avait pas permis d'en développer."
De juin 47 à juin 49, il participe à la mission la plus importante de sa carrière (le conflit en Palestine entre arabes et juifs). Il est d’abord nommé assistant du comité spécial des Nations-Unies pour la Palestine, qui doit mettre en place la partition approuvée par l'assemblée générale des Nations-Unies. Au début de l’année 48, lorsque ce plan est abandonné, et que le combat entre arabes et israéliens devient très dur, le comte de Bernadotte est nommé comme médiateur et Bunche devient alors son assistant principal.
Quatre mois plus tard, le 17 septembre 1948, le comte de Bernadotte est assassiné, et Bunche est nommé médiateur des Nations-Unies en Palestine. Après 11 mois de négociations intenses, Bunche obtient la signature d’une armistice entre le jeune Etat d'Israel et les Etats arabes. (d’abord entre l’Egypte et Israel, puis entre Israel et le Liban, la Syrie, la Jordanie).
Ces réalisations lui valent de recevoir en 1950, le prix Nobel de la paix, ce qui lui confère une célébrité mondiale. Son action contribue de beaucoup à la crédibilité des Nations-Unies, nouvellement créées. Il est accueilli comme un héros aux Etats-Unis. Los Angeles organise un "Ralph Bunche Day", il reçoit des demandes de conférences de partout dans le pays, de même que 30 diplômes honoraires dans les 3 années qui suivent. Il est le premier Noir à recevoir le Prix Nobel (les autres candidats au Prix Nobel de la paix cette année là sont Winston Churchill, Harry S Truman, Albert Schweitzer et George C Marshall).
Parallèlement à sa carrière diplomatique, Bunche préside le département de sciences politiques de Howard University (de 1928 à 1950), enseigne à Harvard de 1950 à 1952, est membre du "New-York City Board of education" (1958-1964). En 1953, il refuse un poste de sous secrétaire d’Etat que lui propose le président Truman. Les lois de ségrégation Jim Crow sont encore en vigeur, y compris dans certains quartiers de Washington, ce qui pousse Bunche à refuser l'offre de Truman.
En 54, en pleine période de Mc Carthysme, Bunche est accusé d’avoir des sympathies communistes avant d’être finalement lavé de tout soupçon. En 56, il préside une conférénce sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique qui finalise le statut de l’agence internationale à l’énergie atomique. De 57 à 67, il est sous- secrétaire des Nations Unies pour les affaires politiques spéciales et à partir de 68 sous secrétaire général des Nations-Unies. Au début des années 60, Darg Hammarskjold, alors secrétaire général des Nations-Unies fait de Bunche son représentant spécial pour superviser les engagements des Nations-Unies au Congo où des troubles venaient d’éclater. Bunche remplit des missions analogues à Chypre, au Cashemire et au Yemen.
En 65, Bunche participa à la marche des droits civiques menée par Martin Luther King. Il apporta son soutien aux programmes d’action de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured people). Sans créer lui meme d'organisations, Bunche participa au mouvement des droits civiques par ses publications et ses discours. Particulièrement pendant la période allant de 1945 à 1965. Son message était clair : "segrégation et démocratie sont incompatibles". "Le problème racial est un phénomène irraisonné sans base scientifique ou biologique". En 1971, malade, Ralph Bunche arrêta de remplir ses obligations aux Nations-Unies. Il devait décéder quelques mois plus tard le 9 décembre 1971.
PAUL YANGE
Source: Grioo.c
Publié le 19/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
Depuis le 17 octobre dernier Alfred Dan Moussa, président de l’Union internationale de la presse francophone (Upf), a été élu , à la tête de cette organisation.
Journaliste, directeur du développement des rédactions du Groupe Fraternité Matin, journal pro-gouvernemental ivoirien , Alfred Dan Moussa, a été plébiscité par le Comité international de cette organisation, réunie au Canada dans le cadre des 40èmes assises annuelles, a précisé le site de l’Union.
Alfred Dan Moussa qui était président intérimaire depuis les 39èmes assises à Abidjan et Yamoussoukro , «pour achever le mandat de Hervé Bourges, démissionnaire pour convenance personnelle», a défendu son bilan. Il s’est appesanti, selon le site de l'Union sur «les démarches entreprises en vue de la libération des confrères européens et africains incarcérés en Afrique, en général, et au Niger, en particulier, depuis 2007 et dont le dernier, Moussa Kaka, a recouvré la liberté le 7 octobre 2008».
Le nouveau président de l'Upf a indiqué les chantiers prioritaires de son mandat.
On note que , eu égard aux enjeux et défis qui se présentent à l'organisation et aux pays entièrement ou partiellement d’expression française, l’Upf veut pouvoir «accéder à la tribune du Sommet de la francophonie pour s’adresser directement aux Chefs d’Etat et de gouvernement». Selon le président Alfred Dan Moussa «Si les idées ne manquent guère», les moyens, quant à eux, font défaut. En revanche M. Dan fonde un espoir dans les négociations qu’il se propose d’avoir «avec le secrétariat général de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif)…», a relevé une source indépendante.
Ouvertes, le jeudi 16 octobre 2008, ces assises se sont achevées le dimanche 19 octobre. A noter que les thèmes développés cette année portaient entre autres sur «l’information économique en français».
AUGUSTE GNALEHI
Source site Upf
Publié le 18/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
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QUELQUES CONSEILS AUX ECRIVAINS EN HERBE
par Bernard Werber
1. - LE DESIR
Ecrire? Au commencement est le désir. Se demander pourquoi on a envie d'écrire. Si c'est pour faire une psychanalyse par écrit (et donc économiser 25 ans et 100 000 euros) mieux vaut renoncer. Si c'est pour gagner de l'argent ou avoir de la gloire, ou passer à la télévision ou épater sa maman, renoncer. La seule motivation honorable me semble être: parce que l'acte d'écrire, de fabriquer un monde, de faire vivre des personnages est déjà une nécessité et un plaisir en soi (on peut aussi admettre comme motivation: épater une fille dont on est amoureux).
2. - LES HANDICAPS
Le principal problème de l'écriture, c'est que c'est un acte solitaire absolu. On est seul avec sa feuille et soi même. Si on a rien à dire aux autres ni à se dire à soi même, l'écriture ne va que vous faire mesurer ce vide intérieur. Désolé. Il n'y a pas d'acte qui ne soit pas avec des contreparties. Si vous devenez écrivain professionnel «sérieux » préparez vous à passer au moins 5 heures par jour enfermé seul devant un ordinateur, une machine à écrire ou un calepin. Vous en sentez-vous capable?
3. - UN ARTISANAT
On dit que pour réussir il faut trois choses: le talent, le travail et la chance. Mais que deux suffisent. Talent plus travail, on n'a pas besoin de chance. Talent plus chance, on n'a pas besoin de travail. Travail plus chance, on a pas besoin de talent. Vu qu'on ne peut pas agir sur la chance, mieux vaut donc le talent et le travail.
Comment savoir si on a le talent...? En général les gens qui ont le talent d'écrire ont déjà pris l'habitude de raconter des histoires à leur entourage. Ils prennent plaisir à relater des événements vécus ou lus, et naturellement on a envie de les écouter. Ce n'est pas obligatoire mais c'est un premier signe. Souvent les gens qui racontent bien les blagues finissent par comprendre les mécanismes d'avancée d'une intrigue et d'une chute. La blague est l'haïku du roman. D'ailleurs tout bon roman doit pouvoir se résumer à une blague.
4. LIRE
On doit lire le genre de livres qu'on a envie d'écrire. Ne serait-ce que pour savoir ce que les autres auteurs, confrontés aux mêmes problèmes, ont fait. On doit aussi lire les livres des genres qu'on n'aime pas forcément ne serait ce que pour savoir ce qu'on ne veut pas faire.
5. SE TROUVER UN MAITRE D'ECRITURE
Se trouver un maître ne veut pas dire copier, ni plagier. Cela veut dire être dans l'esprit, la liberté, la manière de développer les histoires de tel ou tel. Il n'y a pas de contradictions avec la loi un peu plus bas sur l'originalité. Lire peut vous permettre de décomposer les structures comme si on démontait un moteur de voiture Mazeratti pour voir comment c'est fait. Cela ne vous empêche pas de construire autrement une Lamborgini.
6. ACCEPTER LE STATUT D'ARTISANAT
Ecrire est un artisanat. Il faut avoir le goût à ça, puis l'entretenir régulièrement. Pas de bon écrivain sans rythme de travail régulier. Même si c'est une fois par semaine. Ensuite on est tout le temps à l'école. Chaque livre va nous enseigner un petit truc nouveau dans la manière de faire les dialogues, le découpage, de poser vite un personnage, de créer un effet de suspense. C'est ça l'artisanat. Surtout ne vous laissez pas impressionner par les passages des écrivains à la télévision ou les interviews de ces écrivains... Ce ne sont que des attitudes. Le vrai artisanat ne peut pas être montré là-bas. Et n'oubliez pas que ce n'est pas parce qu'un auteur passe bien à la télé ou est beau ou souriant que c'est un bon artisan. C'est juste un bon type qui passe à la télé dans le rôle d'écrivain. En général plus ils sont sérieux, plus ils impressionnent. La seule manière de savoir ce que vaut un écrivain est de le lire. La seule manière de savoir ou vous en êtes dans votre artisanat est de demander à vos lecteurs ce qu'ils pensent de vos livres.
7. L'INSPIRATION
En fait, bien souvent, l'inspiration vient d'une résilience. On souffre dans sa vie donc on a besoin d'en parler par écrit pour prendre le monde à témoin. Par exemple quelqu'un vous a fait du mal; vous ne vous vengez pas par des actes, vous vous vengez par écrit en fabriquant une poupée à son effigie et en y plantant des aiguilles d'intrigue. A la fin le héros casse la figure à la poupée à l'effigie de votre adversaire. On dit que les gens heureux n'ont pas d'histoire. Je le crois. Si on est complètement heureux satisfait de tout ce qu'on a déjà pourquoi se lancer dans l'aventure hasardeuse de l'écriture ? A la limite je conçois qu'une fois qu'on est écrivain professionnel l'écriture devienne en soi une sorte de quête du graal, du livre parfait, mais là encore c'est une frustration à régler. Donc une souffrance. Oui dans l'écriture il y a forcément une vengeance contre quelque chose ou quelqu'un. Ou en tout cas un défi à relever.
8. - L'ORIGINALITE
Un livre ou une histoire doit apporter quelque chose de nouveau. Si ce que vous faites est dans la prolongation de tel ou tel ou ressemble à tel ou tel ce n'est pas la peine de le faire. Tel ou tel l'a déjà fait. Il faut être le plus original possible dans la forme et dans le fond. L'histoire ne doit ressembler à rien de connu. Le style doit être neuf. Si on dérange des imprimeries et si on abat des arbres pour avoir de la pâte à papier, c'est qu'il faut avoir quelque chose à apporter en plus avec son manuscrit.
9. LA FIN
Si le lecteur découvre qui est l'assassin ou comment va se terminer le livre dès le début ou le milieu, vous n'avez pas rempli votre contrat envers lui. Du coup, pour être sûr d'avoir une fin surprenante, il vaut mieux commencer par écrire la fin puis le cheminement qui empêchera de la trouver.
10. - SURPRENDRE
Il faut surprendre à la conclusion, mais il faut toujours avoir une envie de surprendre à chaque page. Il faut que le lecteur se dise à chaque fois «ah ça… je ne m'y attendais pas». Les romains inscrivaient à l'entrée des théâtres "Stupete Gentes" qu'on pourrait traduire «Peuple préparez vous à être surpris ». Surprendre son lecteur est une politesse.
11. NE PAS VOULOIR FAIRE JOLI
Beaucoup de romanciers surtout en France, font du joli pour le joli. Ils enfilent les phrases tarabiscotées avec des mots de vocabulaire qu'il faut chercher dans le dictionnaire comme on enfile des perles pour faire un collier. Cela fait juste un tas de jolis phrases. Pas un livre. Ils feraient mieux d'être poètes. Au moins c'est plus clair. Toute scène doit avoir une raison d'être autre que décorative. Le public n'a pas (n'a plus?) la patience de lire des descriptions de paysages de plusieurs pages ou il ne se passe rien, ni des dialogues sans informations qui n'en finissent pas. La forme ne peut pas être une finalité, la forme soutien le fond. Il faut d'abord avoir une bonne histoire ensuite à l'intérieur on peut aménager des zones décoratives, mais sans abuser de la patience du lecteur.
12. RECOMMENCER
Ne pas avoir peur de tout recommencer. En général le premier jet est imparfait. On a donc deux choix, soit le rafistoler comme une barque dont on répare les trous dans la coque avec des bouts de bois, soit en fabriquer une autre. Ne pas hésiter à choisir la deuxième solution. Même si l'informatique et le traitement de texte autorisent toujours des rafistolages. C'est un peu comme le "master mind". C'est parfois lorsqu'on a tout faux qu'on déduit le mieux comment faire juste. J'ai refait 120 fois "les fourmis" et franchement les premières versions n'étaient pas terribles.
13. LES LECTEURS TESTS
Trouver des gens qui vous lisent et qui n'ont pas peur de vous dire la vérité. La plupart des gens auxquels vous donnerez votre manuscrit à lire se sentiront obligés de vous dire que c'est la 7ème merveille du monde. Cela ne coûte pas cher et ça n'engage pas ; Par contre dire à un auteur, "Ton début est trop long, et ta fin n'est pas vraissemblale" signifie souvent une fâcherie avec l'auteur. Pourtant ce sont ceux qui auront le courage de vous dire cela qui seront vos vrais aides. Et c'est à eux qu'il faudra donner en priorité vos manuscrits à lire pour avoir un avis. Vous pouvez aussi écouter les félicitations pour les scènes réussies. Mais ne soyez pas dupe. Mettez votre ego de coté. Fuyez les flatteurs qui ne sont pas capables d'expliquer pourquoi cela leur a plu.
14. RACONTER A VOIX HAUTE
Ne pas hésiter à raconter oralement votre histoire. Tant pis si vous prenez le risque de vous faire piquer l'idée. En le racontant oralement, vous sentez tout de suite si cela intéresse et vous vous obligez à être synthétique et efficace. Voir en direct ses lecteurs réagir à une histoire est très instructif.
15. LES PERSONNAGES
Soigner les caractères des personnages principaux en faisant une fiche avec leur description physique, leur tics, leurs vêtements, leur passé, leur blessures, leurs ambitions. Prenez pour fabriquer un personnage des caractéristiques à vous ou a des amis proches. Bref, des êtres que vous connaissez un peu en profondeur. Il faut les rendre attachants et crédibles. Il faut que les gens puissent se dire "Ah oui, ce genre de personne cela me rappelle un tel". Qu'ils se reconnaissent en eux, c'est encore mieux.
16. L'ADVERSITE
Il faut que votre héros ait un problème à régler. Plus le problème est gros plus l'interêt du lecteur est fort. L'idéal est de donner des handicaps au héros de manière a ce qu'on se dise il n'y arrivera jamais. Exemple: l'enquêteur est aveugle et le tueur est non seulement le roi de la maffia mais en plus il a des talents de télépathie et c'est quelqu'un qui a beaucoup de chance. Plus le héros est maladroit plus le méchant est fort plus on est intéressé. Le système est: l'auteur met son héros dans des problèmes que le lecteur jugera insurmontables et l'auteur sauve à chaque fois in extremis son héros d'une manière que le lecteur n'avait pas prévu.
17. ALTERNER LES FORMES
Les lecteurs ont souvent des journées fatigantes, ils lisent pour se détendre, donc il faut penser à ne pas les ennuyer. Pour cela, alterner les scènes d'actions et de dialogues. Mettre le maximum de coup de théâtre inattendues. Ne pas oublier que la lecture est un plaisir et que l'objectif n'est pas que le lecteur se dise que l'auteur est doué; il doit se dire "mais qu'est-ce qui va arriver à la scène suivante"?
18. TRANSMETTRE DU SAVOIR
La fonction des livres est aussi d'apprendre des choses. La forme est un élément, mais si après avoir lu un livre un lecteur sait quelque chose qui lui permettra de nourrir les conversations ou les dîner, c'est quand même un intérêt de la lecture.
19. ALLER VOIR SUR PLACE
Un: s'informer. Deux: réfléchir. Trois: écrire. S'informer est indispensable. On ne parlera bien d'un lieu que si on y est allé pour faire des repérages. On ne parlera bien d'un métier que si on a discuté avec une personne qui la pratique. Évidemment on peut imaginer, mais le plus on se frottera au réel, le plus on découvrira de choses et on pourra raconter d'anecdotes vrais. Et le lecteur sent tout de suite ce qui est pur délire d'auteur et ce qui est une observation réelle.
20. AVOIR UNE VOLONTE D'ETRE COMPRIS PAR TOUS
Souvent les critiques parisiens taxent les auteurs qui touchent tous les publics "d'auteurs populaires". Avec une connotation péjorative dans le mot populaire, sous entendu que si cela plaît au grand public c'est que ce n'est pas de la grande littérature. Victor Hugo se vantait d'être un auteur populaire, de même que Alexandre Dumas, Jules Verne et Flaubert. Mozart faisait de la musique populaire et s'en flattait. Tous les auteurs "non populaire" qui vivaient à la même époque ont été oubliés, qu'ils soient grand poètes, grands académiciens, grands écrivains de cours ou de salon. L'histoire les a balayés avec leurs jolies tournures de phrases et leur effets de manches. De même que tous les auteurs maudits qui revendiquaient comme un titre le fait de n'être compris que par un public restreint on en effet été effacés. Logique. Il est beaucoup plus difficile de plaire au large public qu'à un groupe de soit disant arbitres des élégances. Faire simple et clair réclame beaucoup plus de travail que de faire grandiloquent, incompréhensible, et rempli de sous entendus que l'auteur est le seul à connaître.
21. SE PLAIRE A SOI-MEME
Pour plaire au lecteur il faut se mettre à sa place. Ecrire des livres qu'on aurait envie de lire si ce n'étaient pas les nôtres. Ne jamais se dire "j'écris cela, ça ne me plaît pas, mais ça leur plaira". On est soi-même la première personne qui doit s'amuser à lire le livre. Répétons-le: S'il n'y a pas de plaisir d'écriture, il ne peut pas y avoir de plaisir de lecture ensuite.
22. L'INITIATION DES PERSONNAGES
Une bonne histoire est aussi une initiation. Au début le héros dormait sur ses lauriers ou sa fainéantise. Une situation de crise va l'obliger à s'apercevoir qu'il est beaucoup plus que ce qu'il croit. Mettre les personnages en situation de danger pour les obliger à révéler leurs talents cachés. Et le lecteur en vivant dans la peau du personnage va faire la même expérience de transformation. Un bon livre est un livre qui transforme son lecteur en le faisant se prendre pour le héros.
23. FAIRE DES PLANS
Quand vous avez un bon premier jet brut, essayez de trouver une manière de le découper de l'organiser pour qu'il soit rangeable dans des chapitres. En général on organise le livre en trois actes: Début. Milieu. Fin.
Début. Le début est en général le lieu de la scène d'exposition. On découvre ou ça se passe. Quand ça se passe. Qui agit. Et le plus rapidement possible quelle est la problématique. L'idéal est de réduire au maximum le décollage du début, il faut que l'exposition soit la plus rapide possible pour que le lecteur n'attende pas avant d'être dans l'histoire.
Le milieu. Le milieu est souvent le ventre mou du livre. On prolonge la problématique, on en invente des secondaires, on gère la progression dramatique.
La fin c'est soit le coup de théâtre surprise, soit la grande explication de l'histoire cachée, soit l'apothéose.
24. LES PORTES OUVERTES .LES PORTES FERMEES
Dans les scènes du début on ouvre des portes. Ce sont des problématiques: "qui a tué?", "vont-ils s'aimer?", et "qui est cette dame en noir qui surgit de temps en temps?". A la fin il faudra penser à toutes les refermer. "C'est le fils du paysan qui a tué", "ils vont s'aimer mais cela ne sera pas facile", et "la dame en noir c'est en fait le fils caché de la concierge déguisé en femme depuis son voyage au Brésil ou il a connu l'enfer et qui recherche l'identité de son vrai père" Bien vérifier qu'il n'y ait pas de portes ouvertes béantes (soudain on ne parle plus de la dame en noir) ni de portes fermées qui n'ont pas été ouvertes (soudain un personnage révèle qui il est, mais on n'en parlait pas au début).
25. L'ENVOI AUX EDITEURS
Investir dans la photocopieuse et envoyer son manuscrit à un maximum d'éditeurs. De préférence ceux qui ont des livres qui ressemblent dans leur genre au votre. Pas la peine d'envoyer de la science-fiction à un éditeur de poésie.
26.LES LETTRES DE REFUS
Les éditeurs reçoivent une centaine de manuscrits par jour. Donc ils ont du mal à distinguer le bon grain de l'ivraie. Ils utilisent pour cela des lecteurs, soit des professeurs de français à la retraite, soit des étudiants, soit des amis qui aiment lire qui leur font ensuite des fiches. Ces gens sont souvent payés pour ce travail mais font aussi parfois cela par passion personnelle. Si les éditeurs vous répondent tous que cela ne leur plaît pas, ce n'est pas définitif. Essayez de savoir pourquoi en les appelant et refaites un manuscrit en tenant compte de leur remarques. Ou s'il n'y a pas de remarque, refaites quand même un manuscrit en tenant compte de l'avis de vos lecteurs négatifs ou de votre propre évolution. Puis renvoyer, il y a quand même une part de chance en renvoyant au même éditeur vous pouvez finir par tomber sur quelqu'un qui vous comprenne et vous défende dans les comités de lecture (personnellement j'ai renvoyé mon manuscrit pendant 6 ans à tous les éditeurs et j'ai reçu trois lettres de refus de mon éditeur actuel). Le découragement fait partie du mode de sélection.
27.NE PAS FAIRE D'EDITION A COMPTE D'AUTEUR
Si personne n'est prêt à payer pour votre manuscrit c'est peut être parce qu'il n'est pas bon. Cette hypothèse ne doit jamais être oubliée. Tout le monde n'a pas forcément de talent. Et ce n'est pas grave. A la limite tentez la musique. Par contre les éditeurs qui proposent de vous de payer pour être édités ne distribuent que peu ou pas votre livre. Vous allez juste vous retrouver avec un tas de bouquins dans votre chambre à distribuer à vos amis. Autant faire vous même vos tirages avec votre ordinateur
Publié le 17/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
UN ROMAN PATRIOTARD
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AUGUSTE GNALEHI
Critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com
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samedi 28 avril 2007
Les monstres ne supportent pas la lumière. Tel est le titre du roman de Sylvestre Konin, directeur de publication du quotidien ivoirien Le courrier d’Abidjan. Une œuvre hautement politique mais truffée de fautes et de coquilles. Dommage !
Sylvestre Konin a ramassé en quelque 158 pages d’écriture une tranche de l’histoire de la crise ivoirienne (19 septembre 2002). Mais aussi celle de sa propre vie et d’un groupe de patriotards qui se font appeler extrémistes en réponse à ceux qui les considèrent comme des xénophobes.
De l’illusion de peindre la vérité
Ce texte se présente avec l’intention de peindre la vérité, la réalité. Le narrateur s’est porté à donner à ce pamphlet qui pue la haine une valeur convaincante. D’où son ancrage socio-politique. L’histoire se déroule à Abidjan. La référence à des espaces tels que les ponts de Gaulle et Houphouet-Boigny, Marcory, les Rosiers, Cocody… des faits, des pratiques, des noms de personnes : parlement de Cocody, wôrô- wôrô, Mamadou Koulibaly, Alassane Ouattara, Konan Bédié, Jacques Chirac, Djédjé Mady, Laurent Gbagbo finit de donner l’illusion au lecteur du réalisme de l’œuvre. Ces évocations ont, à la vérité, pour le narrateur, une lourdeur pénible.
Le 19 septembre 2002, une tentative de coup d’Etat se mue en une rébellion avec son corollaire d’horreurs, d’escadrons de la mort, et la partition de la Côte d’Ivoire en deux. Les rebelles occupent plus de 60% du territoire national. Les soldats français à la demande de Laurent Gbagbo s’interposent entre les deux belligérants. C’est à partir de là que vont naître le sentiment anti-français et la diabolisation de ceux qui ont pris les armes pour un ordre nouveau.
Ici la fiction prend le pas sur la réalité en transformant les faits en vue de provoquer chez le lecteur ce sentiment de vide du mensonge. Parce que comme le souligne Yves Reuters dans l’Analyse du récit « Tout discours, tout texte, tout récit renvoie au monde. (…) On ne peut construire un univers fictionnel et le comprendre sans en référer à nos catégories de saisie du monde… » . En d’autres termes, l’imagination d’un artiste ne travaille pas dans le vide, mais dans un monde historiquement concret.
Le viol, un prétexte
Ce roman, c’est l’histoire de Christine, une bonniche, violée par son patron, directeur financier d’une grande entreprise. Philippe, le frère aîné de Christine, un patriotard, décide de porter plainte. Du coup, le viol devient la problématique de l’œuvre. Quelle attitude la victime de viol doit-elle avoir devant son bourreau ? L’auteur fait donc un parallèle entre ce viol et le rapport entre les nations. Christine représente tout naturellement la Côte d’Ivoire et le patron la France.
A bien des égards, cette œuvre présente une double perspective pour le lecteur : d’une part celle de donner le change et d’autre part celle de véhiculer d’une manière douce l’idéologie de la victimisation.
De Théophile Kouamouo avec La France que je combats à Sylvestre Konan en passant par Michel Gbagbo (Côte d’Ivoire, un air de changement ) et Simone Gbagbo (Paroles d’honneur), ces auteurs patriotards fredonnent toujours le même refrain, mais différemment. C’est la France qui fait la guerre à la Côte d’Ivoire à travers une rébellion avec un noyau ivoirien, des satellistes ouest-africains (Mali, Burkina Faso).
Mais à y réfléchir, Sylvestre Konan est le porte-voix de ses maîtres : les refondateurs. L’auteur, à travers ce texte, essaie de déconstruire toute idéologie contraire à celle des refondateurs. Les monstres, ce sont les autres et les anges les employeurs de Sylvestre Konin. Quelle vision étriquée ! Et quel ouvrage indigeste !
Un ouvrage indigeste
Ce texte rebute le lecteur parce qu’il est truffé de fautes. On a le sentiment que c’est le brouillon qui a été publié. La preuve. P16 « … interrogea tout azimut Christine (…) ». L’expression tous azimuts est toujours au pluriel. Elle signifie dans toutes les directions en même temps. On retrouve cette même faute à la page 64. " De toutes façons ". Cette locution adverbiale est toujours au singulier. On retrouve cette même faute aux pages 28 et 60. Page 46 « … sans regret ni remord ». Le mot remords qu’il soit au singulier ou au pluriel , il y a toujours un S. Page 97 : « Ils s’y sentent bien et la plupart ne se s’est pas sentie concernée… » Quelle énormité ! La plupart est un nom au féminin qui indique le plus grand nombre. Or nous savons que ce nom appelle le pluriel du verbe qui suit. Dans ce cas de figure, selon la règle grammaticale, le participe passé pris comme adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le sujet (Ils). D’où « Ils s’y sentent bien et la plupart ne s’étaient pas sentis concernés. » A utre énormité P. 125 « tous les chefs qui s’étaient succédés (…) ». Se succéder est un verbe pronominal. Il signifie venir l’un après l’autre. Dans ce contexte, le participe passé ne s’accorde ni en genre ni en nombre avec le sujet : « …tous les chefs qui s’étaient succédé (…) ».
A noter que la liste des fautes n’est pas exhaustive.
Auguste Gnaléhi
Publié le 16/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
REVES D'ORIENT
Par ANDRE CLAVEL
Lire, octobre 2008
De l'Italie à l'Inde des Grands Moghols, Salman Rushdie fait revivre le XVIe siècle et signe l'un de ses meilleurs romans. Entre merveilleux et satire sociale.
Il n'est décidément pas facile de s'appeler Salman Rushdie.
D'abord, il y a toujours l'ombre de la fatwa lancée en février 1989, après la publication des Versets sataniques. Cette condamnation à mort, le gouvernement iranien avait déclaré dix ans plus tard qu'il ne tenterait pas de la faire appliquer mais, lorsque Rushdie fut anobli par la reine, en 2007, des voix funestes se sont de nouveau élevées du côté de Téhéran, pour affirmer que la fatwa était toujours valable.
Et l'écrivain a aussi des ennemis dans son propre camp. Naipaul, par exemple, qui l'a aimablement traité de «masturbateur intellectuel». Puis il y a cette vilaine affaire: dans un livre paru chez John Blake, On Her Majesty's Service, un ancien policier chargé de la protection de Rushdie - Ron Evans - a prétendu qu'il était «méchant, dégoûtant, radin et arrogant» et que ses gorilles ont un jour décidé de l'enfermer dans un placard, le temps d'aller boire quelques pintes dans un pub voisin. «Ramassis de mensonges», a rétorqué sir Salman qui, en août dernier, a obtenu devant la justice britannique des excuses publiques de Ron Evans.
Cette «déclaration de fausseté» a réjoui Rushdie, qui avait une autre raison de jubiler: cet été, ses célébrissimes Enfants de minuit se sont vu décerner «the Best of the Booker Prize», sorte de «Goncourt des Goncourt» des lettres britanniques.Ce super-prix, Rushdie l'a décroché en coiffant au poteau Nadine Gordimer et J.M. Coetzee, deux géants couronnés d'un Nobel. C'est dire le fabuleux prestige dont jouit le romancier dans le monde anglo-saxon: cet homme traqué a prouvé que la littérature était un indestructible empire de liberté. Sur le terrain de la fantaisie imaginaire et de l'audace verbale, son oeuvre peut désormais rivaliser avec celles des plus grands Latinos. Car l'écriture est pour Rushdie une flamboyante lanterne d'Aladin qu'il brandit pour éclairer le monde, et pour le réenchanter. «La littérature, dit-il, a un pouvoir quasi surnaturel: elle seule permet de pénétrer au plus profond de l'inconnu.»
Rushdie, nous l'avions laissé avec Shalimar le clown (traduit en 2005 chez Plon), qui se situe au Cachemire - le berceau du romancier - à l'heure où le pays est dévasté par les terribles conflits indo-pakistanais. Dans cette saga diluvienne, le héros change souvent de nom et c'est également le cas de celui de L'enchanteresse de Florence, un Janus de la Renaissance qui ressemble à Arlequin, avec «son grand manteau de cuir multicolore» dont il se drape pour cacher sa véritable identité.
Un musulman bienveillant, ouvert et éclairé
Lorsqu'on fait sa connaissance, il prétend se nommer «Mogor dell'Amore». Il vient de quitter Florence - nous sommes au mitan du XVIe siècle - et il navigue vers les Indes lointaines avec, dans ses bagages, une lettre volée, écrite par Elisabeth Tudor: ce parchemin sera son sésame, la clé qui lui donnera accès à la cour du Grand Moghol Jalaluddin Muhammad Akbar. En débarquant à Sikri, la capitale impériale, le Florentin découvre une citadelle envoûtante, un diadème de palais et de mirages. «Le soleil montait vers son zénith et la chaleur du jour faisait trembler l'air comme une antilope effrayée, en effaçant presque la frontière entre raison et folie, imaginaire et réel.»
C'est là que règne Akbar, un musulman bienveillant, ouvert et éclairé, tout le contraire de ceux qui ont lancé leur fatwa contre Rushdie... A Sikri, la cité radieuse qui «n'appartient ni à une religion ni à une tribu», le Grand Moghol laisse souffler les vents de la liberté: il a fait édifier une maison de tolérance où chacun peut s'exprimer sans la moindre censure, boire du vin sans offenser les prêtres et «même nier l'existence de Dieu ou réclamer l'abolition de la monarchie».
La rencontre entre le souverain - porte-parole idéal de Rushdie - et Mogor dell'Amore - qui se fera bientôt appeler Niccolo Vespucci - pourrait sortir d'un conte oriental. Un festival de raffinements, avant que le Florentin ne soit frappé de disgrâce: il devra alors subir la pire des épreuves, un affrontement avec un éléphant aveugle, redoutable, qu'il saura apprivoiser grâce à un parfum magique. Protégé par le ciel, il ne tardera pas à recevoir de nouveau les faveurs du Grand Moghol. Entre-temps, comme dans Les mille et une nuits, Rushdie aura multiplié les parenthèses et les digressions, autant d'enluminures ciselées sur les arabesques d'un récit intarissable.
Lequel rebondit au moment où Niccolo Vespucci, alias Mogor dell'Amore, fait à Akbar la plus troublante des confidences: il prétend être son oncle, une révélation rocambolesque mais plausible, car chacun sait à la cour que la famille du souverain est une inextricable forêt de mystères. Autre révélation: le Florentin dit être le fils de la divine Qara Köz, une princesse aux yeux d'ébène, une enchanteresse toujours accompagnée d'une esclave «aussi resplendissante qu'elle»... Les deux héros de Rushdie descendent-ils de la même femme? La magicienne Qara Köz leur a-t-elle transmis les secrets de son prodigieux pouvoir sur les humains? Le royaume d'Akbar sera-t-il ébranlé par les confidences de son hôte si singulier? Et que dira l'enchanteresse au Grand Moghol lorsque, sous sa tente de brocart, elle surgira soudain dans ses rêves, «belle comme une flamme»?
C'est sur ces énigmes que se noue le roman, qui fait magistralement revivre l'Orient et l'Occident du XVIe siècle, entre bordels et harems, palais et gondoles, complots et épidémies de peste. Avec des ombres célèbres qui se faufilent dans les coulisses, Machiavel, les Médicis, Dracula ou Savonarole. Sur son tapis volant, Rushdie fait des prouesses. Et d'une histoire à l'autre, il fredonne sans cesse le même refrain: un fabuleux éloge de la féminité. «La femme, dit Akbar, détourne votre esprit de la mort, sèche vos larmes brûlantes et calme votre envie de savoir à quoi ressemble le Jugement dernier.»
Au passage, le sulfureux auteur des Versets sataniques ne résiste pas au plaisir de fustiger, par-delà les époques, le fanatisme religieux et l'intolérance enturbannée. Aux dérives islamistes d'aujourd'hui, il oppose l'humanisme chevaleresque de son cher Akbar, qui dit détester les barbus parce que «la barbe tire sa nourriture des testicules». Mêlant le merveilleux, la satire et la chronique historique, L'enchanteresse de Florence est un des meilleurs romans de Rushdie. Avec cette conclusion, qui est la clé de toute bonne littérature: «La vérité se cache dans les histoires les plus mensongères du monde.»
Publié le 14/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
INNA HAMPATE BA
Ma poésie est thérapeutique
‘’Quand la douleur se fait mots’’ est la première oeuvre poétique de la fille d'Amadou Hampaté Ba , publiée par NEI/CEDA . Ce recueil de poèmes qui ,à bien des égards, plonge le lecteur dans l'émotion maternelle,est une oeuvre autobiographique .Pour en savoir davantage nous avons rencontré l'auteur (e). Dans cette interview, Inna Hampaté Ba parle de son écriture, de sa vision du monde ,de son fils Samba décédé suite aux déchets toxiques...
Il y a plusieurs genres littéraires. Pourquoi avez-vous choisi la poésie pour vous exprimer ?
J’ai choisi la poésie, parce que je me sens à l’aise dans ce genre. C’est par elle que je peux décrire, parler de mon état profond sans tricher. En poésie, je ne réfléchis pas. Je fais sortir des choses qui sont en moi et je les fais partager avec mes lecteurs. Cette façon de faire me libère, me soigne. Donc votre poésie est thérapeutique alors…Ma poésie est une thérapie et pour moi et pour mes lecteurs. Elle soigne l’âme. Je vais vous faire une confidence : ‘’Quand la douleur se fait mots’’, je l’ai écrit pour rendre hommage à mon fils Samba décédé suite aux déchets toxiques et par la même occasion à toutes les victimes des déchets toxiques. Mais au-delà de cet hommage, ce recueil est une source de réconfort pour moi, de recherche profonde de soi, de recherche nécessaire à notre suivie.
Alors dans ce cas de figure, comment définissez-vous la poésie ?
Pour moi la poésie, c’est l’expression des états d’âme. C’est l’expression du moi, mais aussi d’un autre moi et le tout forme un bouquet de fleurs. Si vous parlez d’un bâtiment ou d’un fait quelconque, il faudrait que vous puissiez faire aimer ou détester ce bâtiment ou ce fait, donc c’est toujours une description, c’est votre vision de la vie, du monde que vous véhiculez. En somme, la poésie c’est la méditation, c’est l’expression de votre être tout entier.
A vous entendre, vous êtes trop mystique, d’où sort cette pratique mystique ?
Voyons ! J’ai baigné dans cet univers. Méditation, prière, Dieu. Mon père (Hampaté Ba) me disait ‘’quand on aime Dieu ou quand on suit Dieu, on ne peut s’entretuer, on ne peut tuer son prochain’’. C’est ça l’amour. L’amour doit toujours aller au-delà du charnel pour atteindre le spirituel. C’est d’ailleurs là que l’amour devient éternel. Parce qu’à ce stade, on n’a plus besoin de corps, d’espace, de temps, nous formons un seul être. Et si nous formons un seul être, nous nous connaissons et nous devons nous pardonner. C’est ça la vraie religion, c’est ça connaître Dieu. C’est cette théologie que je véhicule à travers mes poèmes. Malgré la faiblesse des caractères, de la chaire, il y a quelque chose qui est plus haut : le beau. On communie avec le beau et le beau est mystique.
Inna, est-ce une véritable carrière qui vient de se greffer à votre métier d’institutrice ou un passe-temps ?
Avec ce recueil, j’ai compris que l’écriture nous libère de notre fardeau, de notre douleur. C’est une nouvelle vision de la vie. Je pense que ce que mon fils m’a donné en héritage, c’est de pouvoir m’exprimer à l’extérieur. Car, je me suis toujours exprimée mais à l’intérieur. J’ai des poèmes qui dorment dans mes tiroirs. Maintenant avec ce déclic, j’aimerais les partager avec les autres…
A quand donc la seconde œuvre ?
In’challah ! Bientôt. Lisez d’abord le premier livre.
Toujours dans le même style poétique ?
Si… si ça peut venir les romans. Car, j’ai envie par exemple de raconter ma vie. Mais voyons ! Je le fais si bien avec ma poésie…
Vous avez écrit votre premier livre à partir d’un déclic (la mort de votre fils). Est-ce pour autant dire qu’à quelque chose malheur est bon ?
Je pense que dans la vie, il n’y a pas de hasard… Je n’aime pas le malheur, je prends la vie comme épreuve qui doit toujours nous permettre d’aller de l’avant. D’ailleurs, je n’aime pas tout ce qui est sombre, noir. Que chacun d’entre nous cherche à aller au-delà de la mort et chercher aussi à comprendre ce qu’est la mort. Ce sont des interrogations métaphysiques. La vie est faite d’interrogations. D’ailleurs, ces interrogations, ces remises en question nous permettent de connaître nos origines… Cela nous permet aussi de nous rapprocher de Dieu, le créateur, Dieu le père. Et voyez-vous, à partir de cet instant, la douleur se fait mots pour devenir Amour.
Auguste Gnaléhi
Critique littéraire
(augustegnalehi@hotmail.com)
In Le FRONT du 3 juillet 2007
Publié le 12/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
PAROLES D'HONNEUR EN TETE DES MEILLEURES VENTES 2007
Paroles d'honneur,essai politique sorti en 2007 aux Editions Pharos, en France, écrit par Simone Ehivet Gbagbo, vient de remporter la première édition du Prix de la Librairie de France. Ce prix, du nom de la plus grande surface de distribution de livres, matériel didactique et de bureau en Côte d'Ivoire, récompense les trois meilleures ventes annuelles chez le distributeur. En revanche, il faut souligner que cette distinction a pour objectif d'aider à la promotion du livre et célébrer l'écrivain. Cette cérémonie a eu lieu le jeudi 02 octobre dernier à Abidjan (Côte d'Ivoire) dans la salle des pas perdus du Conseil Economique et Social.
L'essai politique de Mme Gbagbo est arrivé en tête des dix meilleures ventes, pour l'année 2007, devant Nègreries de Venance Konan publié chez Frat-mat Editions et classé deuxième et Et pourtant elle pleurait de Isaïe Biton Koulibaly également sorti chez Frat-Mat Editions et classé troisième.
Notons que c'est tout naturellement que Paroles d'honneur a remporté ce prix avec 8031 exemplaires vendus; car ce livre a bénéficié de conditions exceptionnelles de dédicaces -promotion organisées par la plupart des entreprises d'Etat dont les premiers responsables ont offert des centaines d'exemplaires à leurs collaborateurs . D'une façon prosaïque les services de la première dame ont forcé la main aux responsables des sociétés d'Etat . D'ailleurs certains responsables ont organisé au sein de leur entreprise des dédicaces pour être dans les bonnes grâces de la première dame .Nègreries de Venance Konan a été vendu à 2308 exemplaires et Et pourtant elle pleurait de Isaïe Biton Koulibaly à 1385 exemplaires.
Au cours de cette cérémonie l'occasion a été pour René Yédieté, PDG de la librairie, d'expliquer la portée de cette manifestation : « D'année en année, les habitués du livre se rendent compte de la qualité littéraire des œuvres produites par nos écrivains. Et la librairie de France groupe ne peut demeurer en reste de cet élan prometteur de la littérature ivoirienne. Au-delà de l'acteur économique, elle veut être un acteur de développement ». Raison pour laquelle à l'occasion de la commémoration de ses soixante-dix ans débutée depuis juillet dernier, selon M Yédité la librairie de France groupe a lancé ce prix pour récompenser désormais les livres qui sortiront le plus de ses rayons.
Il convient de souligner que cinq pour cent des ventes iront à la Fondation Rentrée du cœur lancée depuis deux ans et qui offre, à chaque rentrée scolaire, plus de quarante mille kits scolaires à des enfants de familles démunies qui veulent aller à l'école malgré la pauvrété de leurs parents. A noter que le ministre Augustin Kouadio Comoé de la CULTURE ET DE LA FRANCOPHONIE a indiqué qu'un fonds de soutien au livre est en cours d'examen au niveau du gouvernement.
Nous osons espérer que ce fonds maintes fois réclamé par les professionnels du livre verra le jour pour le bien-être non seulement pour les éditeurs ivoiriens mais également pour les lecteurs et écrivains
AUGUSTE GNALEHI
augustegnalehi@hotmail.com
Publié le 11/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
L'ancien médiateur de l'Onu pour le Kosovo, Martti Ahtisaari, a été récompensé pour ses nombreuses médiations à travers le monde.
Le successeur d'Al Gore est Martti Ahtisaari. Le comité Nobel norvégien lui a attribué le prix Nobel de la Paix, vendredi à 11 heures, après avoir tranché parmi 197 candidatures dont l'identité était un secret bien gardé. Le diplomate de 71 ans était toutefois donné favori ces dernières années, avec sa fondation, la Crisis Management Initiative. Il se voit décerner un prix de 1,7 millions de dollars.
Le comité Nobel salue dans un communiqué «ses importants efforts, sur plusieurs continents et pendant plus de trente ans, pour résoudre des conflits internationaux». A 71 ans, ce «médiateur exceptionnel», selon le Comité peut se targuer d'avoir contribué à éteindre des conflits très anciens et apparemment inextricables aux quatre coins de la planète.
Echec cuisant
Mais le dossier kosovar reste un échec cuisant pour cet infatigable soldat de la paix qui avait cru pouvoir rapprocher Serbes et Albanais du Kosovo et surmonter les affres du conflit de 1998-1999. Fin 2005, il est chargé par le Conseil de sécurité des Nations unies de superviser les pourparlers entre Serbes et Kosovars sur le futur statut de la province serbe. Accusé de partialité par Belgrade où la presse le caricature en Hitler, il se heurte aux résistances de Moscou et de Pékin, aux tergiversations des Occidentaux, à l'inertie de la diplomatie onusienne. En mars 2007, il met fin aux discussions, recommande l'indépendance et rend son tablier. Les dernières négociations, menées sans lui, échouent, et le Kosovo déclare unilatéralement son indépendance le 17 février 2008.
Ahtisaari n'aura donc pas su faire plier les Serbes deux fois : en 1999, c'est lui, déjà, qui est envoyé à Belgrade avec l'ancien premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine pour convaincre -avec succès- le président yougoslave Slobodan Milosevic de mettre fin à ses opérations militaires au Kosovo contre la guérilla séparatiste albanaise, en échange de l'arrêt des bombardements de l'Otan. «J'ai réalisé plus tard qu'à Belgrade, mon rôle a été un peu identique à celui du pasteur qui dirige les classes avant la confirmation», confiera Ahtisaari au journal Le Monde.
Il appliquera la même méthode dans les pourparlers entre le gouvernement indonésien et les séparatistes du Mouvement Aceh Libre (GAM), en guerre depuis 1976, entamés en janvier 2005 à Helsinki. Six mois plus tard, la paix est signée. Les deux parties témoigneront de la fermeté de l'homme pendant les pourparlers, mais aussi de son humour et de sa chaleur une fois les dossiers refermés.
Echo à sa propre histoire
Coïncidence ou prédestination, son engagement fait écho à sa propre histoire. Né le 23 juin 1937 à Viipuri (aujourd'hui Vyborg en Russie), il connaît le sort de tous les réfugiés lorsque ses parents sont évacués de la province finlandaise de Carélie annexée au sortir de la Seconde guerre mondiale par l'Union soviétique. Enseignant de formation, il devient diplomate en 1965. Il passera désormais le plus clair de son temps à l'étranger. Et c'est plus précisément sur le continent noir qu'il fait ses classes. Ambassadeur en Tanzanie de 1973 à 1976, il est nommé Commissaire des Nations unies pour la Namibie en 1977 puis représentant spécial du secrétaire général pour ce pays qu'il accompagnera à l'indépendance en 1990 à la tête d'une mission onusienne.
En 1994, il devient le premier président finlandais élu au suffrage universel. Un an plus tard, son pays adhère à l'Union européenne. Mais il ne se représente pas. La politique finlandaise fut «une aventure extra-conjugale», dira-t-il.
SOURCE: LE figaro.fr international
Publié le 09/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
LE CLEZIO PRIX NOBEL DE LITTERATURE
Le prix Nobel de littérature 2008 est connu depuis le jeudi 9 octobre dernier. Il est attribué à Jean-Marie Gustave Le Clezio romancier français d'origine mauricienne.
Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio pour son oeuvre "de la rupture", a annoncé jeudi l'Academie suédoise. L'Académie a fait ce choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon les attendus de l'Académie.
Le Clézio, 68 ans, était considéré depuis des années comme un lauréat potentiel et son nom circulait avec insistance cette fois-ci dans les cercles littéraires suédois.
L'Académie suédoise n'a pas donné d'autres raisons à son choix mais il est évident que l'auteur de "Désert" avait de nombreux appuis parmi des académiciens sensibles à son idéalisme et ses critiques de la civilisation matérialiste.
Connu en Suède où plusieurs de ses romans sont traduits, J.M.G. Le Clézio avait reçu en juin dernier le prix littéraire suédois Stig Dagerman qui lui sera remis le 25 octobre à Stockholm. Le romancier refera le voyage le 10 décembre pour venir chercher son Nobel.
"Je suis très ému et très touché", a-t-il dit dans une interview en français à la radio publique suédoise. "C'est un grand honneur pour moi", a-t-il ajouté.
Les derniers lauréats français sont l'écrivain d'origine chinoise Gao Xingjian en 2000 et Claude Simon, grande figure du Nouveau roman, en 1985.
Né le 13 avril 1940 à Nice, dans le sud de la France, d'une famille émigrée à l'Ile Maurice au 18e siècle, Jean-Marie Le Clézio est considéré comme un des maîtres
Né à Nice le 13 avril 1940 d'une famille qui venait de l'île Maurice (sa mère était anglaise, son père médecin de brousse), Jean-Marie Gustave Le Clézio entra en littérature en 1963, signant Le procès-verbal, premier de ses livres à devenir un classique, récompensé par le prix Renaudot.
Ecrivain aux yeux bleus, conteur nomade, il s'illustra maintes fois dans le domaine de la fiction, notamment avec Mondo et autres histoires (1978), Désert (1980), qui élargit encore son audience, Le chercheur d'or (1985), Révolutions (2003), l'un de ses plus beaux romans, ou L'Africain (2004) qui nous ramène en 1948, lorsque Le Clézio quitta Nice afin d'aller retrouver son père au Niger. Nous lui devons également des essais, tel Diego et Frida (1993), sur le couple Diego Rivera et Frida Khalo, ou La fête chantée (1997), recueil de textes centrés sur sa fascination pour les peuples indiens, et même des traductions de mythologie indienne. «Je ne vis pas en France, a-t-il déclaré, je vis en littérature. Je n'écris que pour inventer un monde qui n'existe pas.»
Révisitons ensemble l'autre monde de Le Clézio avec Daniel Rondeau.
Long poème en prose,
Révolutions parle de l'espèce humaine, de la douceur et de la douleur d'exister. Comme le point d'orgue d'une œuvre qui ne cesse, depuis quarante ans, d'explorer les territoires encore vierges qui s'étendent entre la réalité et nous
Révolutions est un roman remarquable où les sentiments passent l'ordinaire - l'enthousiasme et le courage ne sont pas exclus - où les époques se chevauchent, où les hommes se parlent et se répondent. Certains ont disparu dans le puits du temps. D'autres vivent loin de leur pays natal. Mais ils ne sont pas des isolés. Tous attendent, quelque chose ou quelqu'un. Ce peut être un instant de bonheur ou de liberté supérieure, une leçon de sagesse antique, un amour impossible. Ou tout simplement la mort. Il y a de la grandeur et de la fragilité dans leur veille.
L'auteur remue des ombres, les déplace avec sa plume d'un profil à l'autre. Le mouvement de ces ombres qui bougent est celui du livre tout entier. Les vivants et les morts, les continents et les îles, les mers et les océans, les jours d'hier et ceux d'aujourd'hui, les guerres et les révolutions en armes s'enchaînent à la révolution universelle des astres, de la lumière et de la nuit. Un autre monde apparaît. L'auteur se tient dans une position légèrement oblique par rapport à sa création. Nous reconnaissons aussitôt Jean-Marie G. Le Clézio.
«Votre livre, Le Procès-Verbal, m'a entraîné dans un autre monde,
le vrai, probablement» Général de Gaulle
Débuts solaires. La France des années 1960 avait vu apparaître un écrivain de 23 ans nommé Le Clézio, qui portait avec discrétion et noblesse ses orgueils intérieurs. C'était la saison des prix littéraires. Le visage du débutant, net et poétique, avec des yeux d'une pâleur pure, sa longue silhouette solaire focalisèrent cette année-là la lumière de l'automne. Il n'y avait pas que les photographes pour s'intéresser à ce jeune homme. Le général de Gaulle lui écrivit pour le remercier de l'envoi de son livre: «Votre livre, Le Procès-Verbal, m'a entraîné dans un autre monde, le vrai très probablement...» Beaucoup d'autres n'auraient pas survécu à pareil accueil. Le Clézio avait pour lui une liberté d'étoile, qui le protégea des caresses qui font mourir. Et sa fraîcheur ne fut pas perdue. Il continua ce pour quoi il était fait: écrire, écrire comme on cherche un trésor. Le romancier a raconté le désert, l'éblouissement du minéral, les nuits saisies dans leur beauté de glace, les errances d'hommes changés en pierre (il lui arrive d'être ennuyeux), puis s'est éloigné de cet univers de silice en se souvenant de ses aïeux, restés vivants dans ses pensées, malgré la puissance du temps.
Mirage de l'espace, plainte du temps. Chacun de ses livres, désormais, semblait ajouter un nouveau chapitre à une méditation jamais discontinuée sur l'enfance, sur le destin, souvent absurde, et sur les chimères capables d'enflammer l'esprit des hommes les plus sages. Avec ce nouveau roman, Le Clézio s'abandonne une fois encore au mirage de l'espace et à la plainte du temps. Mais son Révolutions n'est pas répétition. Lisons ce long poème en prose plutôt comme une œuvre d'une ampleur nouvelle, fécondée par la force de vieux songes, habitée par des apparitions plutôt que par des personnages, et qui parle de l'espèce humaine, de la douceur et de la douleur d'exister. D'une certaine façon, on peut affirmer que Révolutions est le point d'orgue d'un cycle, commencé avec une autorité surprenante, il y a quarante ans exactement, par un auteur fidèle aux voix et surtout aux silences de son enfance, dans un palais décrépi du vieux Nice, et qui n'a cessé de déchiffrer un palimpseste de territoires encore vierges, qui s'étendent entre la réalité et nous.
«Il pensait: je vais voyager. je vais continuer, nager vers l'horizon,
si loin que je ne pourrai plus
revenir en arrière»
C'est l'histoire, très classiquement construite, de plusieurs existences, ressuscitées par la quête du narrateur, Jean, qui cherche les chaînons manquants, les éléments décisifs qui font défaut à ces destins et reconstitue le puzzle. Pendant ce temps, sa vie continue et fait écho à ce passé murmuré qui chante à ses oreilles. Ce Jean en question ressemble aux héros habituels de Le Clézio. «Il pensait: je vais voyager. Je vais continuer, nager vers l'horizon, si loin que je ne pourrai plus revenir en arrière. Un instant il avait pensé cela, non pas mourir, mais partir. Mais quelque chose l'en avait empêché. Le soleil était devenu immobile, il s'était durci. Sous le corps de Jean, la mer était devenue profonde, froide, effrayante.» Ce qui est nouveau, c'est la façon qu'a l'auteur de rendre ce Jean à son temps - la guerre d'Algérie, le décompte des morts, les sursitaires, le départ des pieds-noirs, le Londres prolétarien des années Blow up, les rues sombres, les façades de brique, la pluie, l'indifférence des passants, les émeutes de Mexico en 1968, la tristesse de la ville, son collier de volcans - et de l'envoyer en lune de miel à l'île Maurice. Il y a du Bildungsroman dans ce Révolutions, qui est aussi l'éducation sentimentale et politique d'un jeune homme né près de la Méditerranée, à une époque où les peuples antiques qui habitaient ces deux rives commencent d'entrer dans leur agonie. L'éternité aussi est fragile.
Le récit s'appuie sur des noms magiques, calices toponymiques où macèrent les songes, les regrets, les désirs d'aventure et de solitude à la Robinson. Citons-en quelques-uns: la Kataviva, Ipah (Malaisie), Odessa, sur la mer Noire, Chichester, Trieste, Ekaterinbourg, Palma de Majorque, Rozilis, Ebène, etc. A Gethsémani, un ange passe. D'autres noms, plus inattendus chez Le Clézio, appellent l'Histoire et la font vivre au présent. Châlons, Les Islettes, la forêt d'Argonne. Les soldats de l'an II sont la Révolution en marche. Ils traversent la France à pied pour sauver la République. Sous les ailes du moulin de Valmy, le «voisinage du sang» et le «bourdonnement d'abeilles des boulets» bercent étrangement les cœurs et métamorphosent ces fils de rien venus de leurs provinces lointaines défendre la patrie et la liberté.
L'ivresse des batailles n'interdit pas la réflexion. La mère du sans-culotte dit à son fils qu'il y a un autre pays, au sein de la Nation, qui n'appartient qu'à Dieu, et les massacres de Septembre, les campagnes devenues déserts troublent la belle ardeur des volontaires. La liberté n'est pas trahie seulement sur le sol de la patrie. Sous les tropiques aussi, des hommes de 1789 oublient leurs devoirs sacrés et laissent les esclaves dans les chaînes. Il y a quelque chose d'irréparable dans cette tragédie, et dans le soulèvement de ceux qui veulent rejoindre «les libres», narrée comme si elle était vécue et soufferte personnellement par l'auteur, même s'il cherche à s'en dégager. L'odeur du sang se mêle à celle des fleurs et à celle de la terre après la pluie. Tout se passe toujours ailleurs et finit là où tout a commencé Des hommes écoutent la vie se précipiter au fond d'eux-mêmes, des souvenirs grondent, s'apaisent, des visages aimés s'effacent. Tout cela, ce qu'on appelle l'Histoire, a-t-il un sens? Non, répond Jean, qui s'abandonne à la rêverie. Tout est vent, seulement vent. Mais quand même: le livre ne se ferme pas sans qu'un nouveau visage apparaisse. C'est un enfant.
Un an plus tard il publie l'Africain,un voyage initiatique auprès de son père au Nigeria. Penétrons l'oeuvre avec le regard de Michel Grisolia
On l'imaginera toujours comme un Robinson aux yeux clairs, naufragé de la civilisation moderne du bruit, des loisirs et de la haine.
Voilà plus de quarante ans que le grand blond aux semelles de vent, de sable, de soleil et de mer dénonce les technologies déshumanisantes, l'indifférence, le racisme, la pollution. Mêlant le divin et le matériel, Le Clézio, romancier de l'espace-temps, s'est fait sismographe du monde, Terra Amata du Mexique, de l'île Maurice, du sud de la France, de l'Asie. On a parlé de métaphysique-fiction. Il s'agit de regard. D'attention aux autres, dans leur dénuement, leur désolation. D'où lui vient cette acuité de l'œil, cette justesse du trait presque effrayante sous l'innocence contemplative?
Colette Fellous, inaugurant magistralement avec lui sa collection «Traits et portraits», lui permet d'en fournir quelques clés. La principale, c'est l'Afrique. On s'en doutait depuis Onitsha, en voici la preuve bouleversante dans son urgence, son absence d'apprêt, sa sensualité fervente. L'Afrique n'a jamais qu'un visage pour Le Clézio, celui de son père, médecin de brousse ombrageux et solitaire qui a fui la société britannique, son berceau, pour des ailleurs lointains. J.M.G. Le Clézio grandit à Nice, loin de lui, donc. L'enfant a huit ans lorsqu'il rejoint au Nigeria l'auteur de ses jours, sosie de James Joyce, brisé par l'asthme, la malaria, le labeur. Pour Le Clézio, c'est le choc. La rencontre d'un étranger en fin de vie professionnelle, mais aussi des corps, des odeurs, d'une végégation, de coutumes, d'une liberté jusqu'alors inconnus. «D'une violence non pas physique mais sourde, cachée comme une maladie, qui donnait de l'enthousiasme.» Son père, l' «Africain», rêvait d'un monde encore sauvage et mystérieux: ce rêve, il l'a légué à son fils, lui inspirant une large part de son œuvre, où cette confidence africaine occupe désormais le premier rang. On y voit Le Clézio gamin découvrant la douleur, la vieillesse et la mort, l'autorité, la peur, les autres. Des photos en noir et blanc, prises au Leica à soufflet par le Dr Le Clézio, rythment ce très beau petit livre, remontée du fleuve mémoire d'un fils vers son père, au mouvement conradien. Avec L'Africain, brûlure de lumière, Le Clézio signe son Au cœur des ténèbres.
En 2006 il publie
Ourania. S'accorder au monde, aux éléments, à un morceau de nuit, et à la présence des rêves, cette force pure, dans la conduite des hommes;telle est la trame de ce roman selon Daniel Rondeau.
Ourania commence dans ce pays d'où l'on ne revient jamais et que l'on nomme l'enfance. La réalité est un secret, des chapelets de mots s'échappent des livres; sous chaque mot, il y a une étoile qui bouge. Les odeurs quotidiennes ont des parfums d'éternité. Le plus médiocre des décors peut devenir un grenier à rêves. Le narrateur, Daniel Sillitoe, un géographe français, se souvient du bonheur de ses primes années en arrivant au Mexique, où il est venu effectuer des relevés topographiques. Plusieurs thèmes animent ce roman étrangement vivant, de nature vagabonde et ethnographique. Les mystères des relations amoureuses, les diverses possibilités de s'accorder au monde, aux éléments, à un morceau de ciel ou de nuit, et la présence des rêves, cette force pure, dans la conduite des hommes.
Il n'est pas indifférent que le narrateur soit un géographe (j'ai pensé à Gracq et à ce qu'il disait de la géographie et de «la projection du temps dans l'espace»). C'est un personnage qui a besoin de vues panoramiques, de paysages. Penché sur la peau de la terre, il lit dans ses cicatrices l'histoire et les souffrances de ceux qui ont vécu dans ses plis. Nous sommes dans un Mexique fantôme et pourtant bien réel. Le pays lui-même joue un rôle actif dans la dynamique du livre. Volcans, geysers, villes de pouvoir et d'argent, usines de congélation de fraises, etc. Tout semble toujours près de basculer dans l'abîme. La tristesse est sœur de la fête. Les hommes portent le poids des siècles sur leurs épaules. Ourania, qui fait la part belle à la poésie des toponymes et à la magie du monde indien, tient de la relation de voyage, c'est le récit d'une quête et la rencontre d'un homme avec son destin.
Deux lieux d'utopie occupent le cœur du livre. Campos est une communauté végétarienne et libertaire où les enfants vivent hors de l'autorité de leurs parents. Chaque membre du groupe est un maître à sa façon. «A Campos, on n'enseigne rien d'autre que la vie.» L'on y parle une langue qui mêle l'espéranto, le chant des oiseaux et la fantaisie de tous les mots. L'Emporio est une sorte de collège populaire, une thébaïde pour anthropologues et chercheurs. Dans une hacienda modèle réduit, des hommes pensent à la Grèce et à l'avenir. Deux îles pour la liberté. Deux endroits condamnés à disparaître, engloutis par un environnement dont ils contestent le pouvoir. Il y a deux femmes aussi, dans Ourania. Chacune est le miroir où le narrateur sonde sa sincérité et sa propre liberté. L'ensemble dessine une carte du ciel. L'enfance n'est pas trahie.
AUGUSTE GNALEHI
augustegnalehi@hotmail.com
Source:lire.fr
Publié le 08/10/2008 à 12:00 par augustegnalehi
MOUSSA KAKA EN LIBERTE APRES UN AN DE DETENTION
NOUVELOBS.COM
Le correspondant de RFI est en liberté provisoire. Il reste poursuivi pour être entré en contact avec une rébellion touareg.
Moussa Kaka, le correspondant de Radio France internationale (RFI) au Niger, est sorti de la prison de Niamey mardi 7 octobre, après plus d'un an de détention.
Un peu plus tôt, la cour d'appel de Niamey avait ordonné sa mise en liberté provisoire "d'office", selon son avocat Me Fodi Boureima Mamadou.
Les faits reprochés au correspondant de RFI ont été requalifiés mardi en "atteinte à l'intégrité du territoire national par entente avec les éléments du MNJ", le Mouvement des Nigériens pour la Justice, une rébellion touareg.
La cour d'appel a également ordonné le renvoi du journaliste devant un tribunal correctionnel, a précisé l'avocat à la presse.
Liens présumés avec les rebelles touareg
Moussa Kaka avait été arrêté le 20 septembre 2007, puis inculpé de "complicité d'atteinte à l'autorité de l'Etat" pour des liens présumés avec les rebelles touareg.
Il est poursuivi sur la base d'enregistrements d'écoutes téléphoniques, les seules preuves à charge qui contenaient des conversations avec notamment Agaly Alambo, chef du MNJ.
Niamey a toujours affirmé que Moussa Kaka, également correspondant de Reporters sans frontières (RSF) et directeur de la radio privée Saraounya, n'avait pas été arrêté en raison de ses activités journalistiques.
Le président Mamadou Tandja a toujours nié l'existence d'une rébellion touareg, refusant de dialoguer avec le MNJ dont il qualifie les chefs de "bandits armés et de trafiquants de drogue".
Non-lieu
Le 23 juillet dernier, un non-lieu avait été prononcé par le doyen des juges d'instruction en faveur de Moussa Kaka, qui était inculpé de "complicité de complot contre l'autorité de l'Etat". Mais le ministère public avait fait appel en demandant son renvoi devant un tribunal correctionnel après requalification des charges en "actes de nature à nuire à la défense nationale": un délit, et non plus un crime, passible d'un à cinq ans de prison et d'une lourde amende.
"Un grand soulagement"
Le PDG de Radio France Internationale, Alain de Pouzilhac, a aussitôt qualifié cette libération de "grand soulagement" "pour toute la famille de RFI".
"C'est l'aboutissement d'une procédure judiciaire et nous restons confiants dans la décision de la justice nigérienne", a ajouté Alain de Pouzilhac après s'être déclaré "très heureux que Moussa Kaka retrouve enfin sa liberté".
RSF a salué également mardi dans un communiqué la remise en liberté de Moussa Kaka. "Cette bonne nouvelle est une première étape qui, nous l'espérons, débouchera rapidement sur une issue honorable et juste".
Kouchner remercie le président Tandja
De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est déclaré mardi "très heureux" de cette mise en liberté provisoire.
"Je suis très heureux de cela. Je remercie tous ceux qui y ont participé", notamment "le président du Niger (Mamadou Tandja), parce qu'il a quand même fait ce geste", a-t-il déclaré en marge d'une audition à l'Assemblée nationale.
"Nous avons essayé, essayé, nous nous sommes obstinés, obstinés", a-t-il ajouté en évoquant les efforts de Paris en faveur du journaliste. "Comme je voulais aller au Niger, je pourrais y aller la conscience tranquille", a ajouté le chef de la diplomatie française.
Le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, en déplacement au Cameroun, s'est lui aussi "félicité" de cette remise en liberté, dans une déclaration transmise par ses services.
Alain Joyandet a ajouté que "c'est un soulagement qu'il puisse retrouver sa famille". Le secrétaire d'Etat souhaite rester "prudent, parce que le dossier judiciaire n'est pas clos", mais ajoute qu'il a "très confiance dans la justice nigérienne".